Picture-Disc Sylvester ENGBROX

[ÉDITION] SORTIE DU PICTURE-DISC (vinyle) / SYLVESTER ENGBROX / ENTRETIEN / ÉCOUTER


INFOS PRATIQUES

Picture Disc (vinyle) Electro pop
Production : DIFU-Platform(Re)Boot/Vivoequidem
Musique : Sylvester Engbrox, Nicolas Kantorowicz, Laurent Caligari.
Illustration : Sylvester Engbrox face A et B
200 exemplaires

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 Écouter sur le site de Difu

   
01 Nie Wieder Suckers Original 04' 16" 
02 Nie Wieder Suckers Drum & Jazz Remix 03' 24"
03 Nie Wieder Suckers Laurent Caligaris Remix 06' 48"
04 Nie Wieder Suckers EEDIO Remix 05' 24"

 

Mots-clefsSylvester Engbrox, musique, électro-pop, Nicolas Kantorowicz, Laurent Calligaris, DIFU, Picture Disc, Vinyle

 

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SYLVESTER ENGBROX

Sylvester Engbrox est allemand et installé en France depuis 1986. Il peint depuis son adolescence et a exploré la photographie et la musique. Il a suivi la formation de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, mais revient à la peinture, au début des années 1990.
« J’ai commencé par couper dans la presse, des prospectus de vacances ou des magazines de télévision, d’importantes quantités d’images pour les classer selon une typologie inventée. Cette partie du travail passe aujourd’hui par Internet et par mes propres archives photographiques. Ce catalogage parfaitement inutile d’un monde représenté ne clarifie rien : plus on voit d’images, moins on comprend. Mais ce rangement, cette perpétuelle comparaison d’une représentation avec une autre finit par créer des ponts entre certaines d’entre elles. Parfois même, ces confrontations provoquent une nouvelle image. C’est cette image, apparue à mon insu, que je peins. Ma peinture est issue de ce classement obsessionnel. « Mes toiles tentent de réparer un espace-temps perturbé après un crash, de le redéfinir, en y imbriquant ce qu’il reste : des bouts d’images rassemblés ». 

Depuis 2011, il est enseignant à l’Atelier de Sèvres et depuis 2015 il réalise de nouveau des photographies.

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Site web de Sylvester Engbrox

 


 

 

ENTRETIEN AVEC SYLVESTER ENGBROX

Max Torregrossa : Nous savons que la musique a été et est toujours importante pour toi. Tu as codirigé un label indépendant, il y a quelques années, et tu continues de composer de la musique électronique, notamment pour le groupe Sporto Kantes. La musique et la peinture sont deux pratiques artistiques plutôt « classiques ». Comment s’insèrent-elles, selon toi, dans le domaine de l’art contemporain ?

Sylvester Engbrox : Des pratiques classiques ?... Eh bien, je me sers d’un ordinateur pour travailler sur mes toiles, j’ai un aspirateur Dyson sans sac et j’ai·un smartphone. Sérieusement, est-ce que Stockhausen est moins contemporain quand il compose pour piano que pour un instrument électronique ? Chaque médium a son âge, la photographie a 150 ans, la vidéo, 50 ans... Je ne vais pas me mettre à faire des installations pour faire semblant de vivre avec mon époque ! Dans un certain sens, je pourrais te dire que j’ai de la chance. Je fais de la peinture et, comme ce n’est pas à la mode (ce qui n’est pas vrai, bien sûr), je ne risque pas être démodé comme quelqu’un qui fait du happening, par exemple. Mais toutes ces considérations n’intéressent qu’un petit monde de gens qui se sentent concernés par le « in » et le « out » de la scène de l’art contemporain. La pub du dernier Houellebecq dit : « […] Ce roman, résolument classique et ouvertement·moderne. » Mais là on parle du contenu, la littérature comme médium n’est ni classique ni moderne. Le côté contemporain du travail d’un artiste réside dans sa capacité à observer, à vivre et à intégrer dans son travail l’époque dans laquelle il vit. Peu importe le médium utilisé.

MT : Cet entretien a lieu à propos de la sortie d’un Picture-disc, édité par le label de musique Difu. Que peux-tu en dire ?

SE : Il y a pas mal de temps, j’ai fait un morceau avec Nicolas Kantorowicz. J’y chante en allemand. Un jour, il y a six mois, un troisième musicien s’est joint à nous, sur le réseau social, Laurent Caligaris. Il a flashé sur ce morceau et a commencé à travailler dessus. Depuis, il y a eu cinq nouvelles versions. Quatre d’entre elles vont apparaître sur ce vinyle et une probablement sur le prochain disque de Sporto Kantes. Cette histoire de réseau social est très importante : Laurent, je ne le connais qu’au téléphone et par réseau. C’est un perturbateur inattendu, au sens positif. Il amène une nouvelle grille de lecture, il déconstruit et reconstruit. C’est très important pour la créativité de ne pas avoir peur de ce processus, et il est sain que ce soit mené par quelqu’un qu’on ne connaît pas. Le réseau social augmente la possibilité de rencontrer des « perturbateurs ».

Ensuite, l’idée nous est venue, tout naturellement, de faire le vinyle en mettant deux de mes tableaux dessus, en série limitée, en plus de la version numérique. Le vinyle est actuellement le seul support cohérent pour publier un enregistrement. Le CD, c’est devenu un support sans âme. Ces quatre morceaux sont ce qu’on appelle un remix. J’ai l’impression que ma génération a toujours eue des réticences par rapport à ça. Pour moi, un remix est générateur de créativité, de déconstruction et de reconstruction. C’est une forme noble. C’est ennuyeux de faire un tube, qui prend cinq minutes à faire, et de passer le reste de sa vie à réclamer les droits d’auteur… Pour un artiste, la sécurité de l’emploi est contre-indiquée. Il faut s’exposer au désordre, il faut pirater, changer de matrice, bref, ne pas s’enfermer dans son propre monde. C’est du boulot.

MT : Quelle est la place exacte de la musique dans ton activité artistique de peintre ?

SE : Fabriquer de la musique et fabriquer des tableaux, c’est assez complémentaire. Quand je conçois des toiles, je dois gérer un contenu. Dans cette étape, il y a inévitablement une partie assez cérébrale, je suis comme tout le monde : victime de ma propre culture, de mes filtres intellectuels. Mais cette partie cérébrale ne doit pas brouiller mes ondes, ce sont les ondes de mon inconscient qui doivent me guider. Quand je fais de la musique, je suis quasi exclusivement du côté de l’émotion, l’état de transe y est plus facile à obtenir que dans les arts visuels. L’histoire de la musique est la seule donnée un peu théorique, du genre : Bowie a inventé un certain son sur Heroes en 1975. Mais à part ça, le contenu ne joue pas un rôle primordial... sauf si tu veux écrire un opéra. Les Inrocks essayent un peu de faire comme Art Press, mais la plupart du temps, ils parlent beaucoup des musiciens et peu de leur travail, ce qui est normal, c’est plus difficile de parler de musique.

En ce qui me concerne, je n’arrive pas à produire après avoir lu des dizaines de numéros d’Art Press. J’évite de lire ce genre de choses pendant les périodes de travail, et le fonctionnement du monde des musiciens m’encourage dans cette voie. Eux, ils savent que ce n’est pas en lisant Proust qu’on trouve une bonne mélodie.

Février 2011