Ausstrahlung - Sylvester ENGBROX

[EXPO] DU 30 AVRIL AU 28 JUIN 2014 / DOSSIER DE PRESSE (pdf)  /  SYLVESTER ENGBROX  / VIDÉO / ŒUVRES EXPOSÉES  /  VOIR AUSSI

Peintures, aquarelles
Du 30 avril au 28 juin 2014
Artiste : Sylvester Engbrox
Lieu : galerie VivoEquidem, 113, rue du Cherche-Midi 75006, Paris, FR

Tél. : +33 (0)1 83 97 22 56 ou +33 (0)6 16 81 01 48
Ouverture : du mardi au samedi de 15h à 19h30

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La galerie VivoEquidem présente du 30 avril au 28 juin 2014 Ausstrahlung, l'exposition de Sylvester Engbrox. Le mot allemand Ausstrahlung signifie la présence d’une personne, son charisme. Le mot signifie également diffusion ou rayonnement. Les peintures de Sylvester Engbrox correspondent à cette définition, elles représentent des personnages dans des situations somme toute ordinaires, mais dont il émane une ambiguïté trouble et tenace. L’atmosphère et l’esthétique des années soixante-dix sont les rayonnements d’un monde disparu, naïf, frivole et insouciant qui éclairent le nôtre incompréhensible, sombre et angoissant.


«Quand j’ai peint ce tableau, le bras gauche du deuxième personnage ne m’allait pas, il m’a fallu en trouver un autre et c’était finalement le bras de ma fille qui faisait l’affaire.»  Sylvester Engbrox est un opérateur d’images. Au lieu d’utiliser la caméra, il manie les images trouvées sur Internet, dans des revues des années 70. Il les met en action en les peignant à l’huile sur toile dans le sens de les opérer : il produit, réalise, il accomplit une action. Il soumet les images à une intervention chirurgicale. Cela ne fait pas de lui un autre docteur Frankenstein. Car ses tableaux, bien qu’il les recompose de différents visuels, ne portent pas les marques de ses interventions. Ce ne sont pas des monstres, et cela vaut aussi bien pour la dernière série montrant des corps travestis. Pourtant, elles sont unheimlich. Le mot cher à Freud désigne l’étrangeté qui habite le familier.

L’opération de l’artiste, qui a trouvé sa pratique de peinture en quittant la photographie et qui se dit proche  des théories freudiennes, porte sur la psyché de l’image. En opérant le corps de la peinture dans le sens de mettre en action les images qui le constituent, il cherche à rendre perceptible leur âme.  L’âme d’une image, sa psyché, se résume en ce qu’elle produit comme impact sur le spectateur. Cette âme se résume dans sa Stimmung, c’est-à-dire l’état d’âme qu’elle induit, son moral. En admettant que cette Stimmung porte en elle un désir de sens, il convient de dire : sa langue. «Catkins» se traduit, comme Kätzchen en allemand (langue maternelle de l’artiste), en «chatons». On les voit, flous – l’artiste ne nie pas son affinité avec Gerhard Richter – , au premier plan du tableau, à droite. Il y a dans les deux langues un sous-entendu : catin. Ou bien, plus loin, on est tenté de penser au corbillon, le «cream cake» des filles.

Dans «Catkins and Cream Cake» Sylvester Engbrox fait se rencontrer ces couches d’images pour réaliser, visuellement, une langue de désir. Son tableau lèche le regard. Comme on se lèche les babines en regardant les gâteaux. Ou comme l’écran du téléviseur lèche Max dans Videodrome de David Cronenberg (1983)1. Le spectateur est dirigé vers ses pulsions, ses a priori, ses désirs.

Le mot allemand Ausstrahlung signifie la présence d’une personne, son charisme. Le mot porte aussi le sens de diffusion, de rayonnement ou bien d’émission. Strahlung signifie une ambivalence entre une force vivifiante et  une force destructrice, par exemple entre  les rayons du soleil  et les rayons nucléaires. Sylvester Engbrox opère entre diffusion de l’image et sa présence artificielle. Son rôle ressemble à ce que Jean-François Chevrier a écrit à propos de Jeff Wall : «Derrière l’artiste comme opérateur, se profilent le scénariste et l’auteur-réalisateur.»2 En s’exposant à la Ausstrahlung des nouveaux tableaux de Sylvester Engbrox – et d’aquarelles qu’il réalise depuis peu en intensifiant l’expérience du lèchement de l’image –, on entre en scène, sa scène, peuplée d’images. Et l’on apprend quelque chose sur leur fonctionnement  aussi bien que sur la raison de leur promiscuité sexuelle.

J. Emil Sennewald, 2014

1)  W.J.T. Mitchell: What Do Pictures Want? : the lives and loves of images,
Chicago, Ill: Univ. of Chicago Press 5th print 2009, p. XV sq.

2) Jean-François Chevrier: Jeff Wall, Paris: Hazan 2006, p. 14.


Bande-annonce de l'exposition. Sylvester Engbrox et J. Emil Sennwald feuillettent des "Bravo".

Voir aussi : 

[EXPO] The Good & The Bad Life - Sylvester ENGBROX

[EXPO] Follow Me - Sylvester ENGBROX

[LIVRE] Follow Me 

[EXPO] Hyperception - Sylvester ENGBROX

[EXPO] Sylvester ENGBROX

[ÉDITION] Picture-Disc Sylvester ENGBROX

 

Mots clefs : peinture, Sylvster Engbrox, Emil J. Sennewald, photographie, Allemagne, années 70, magazine,  musique, érotisme, 

 

Catkins and Creamcake, huile sur toile, 114x 146 cm, 2014

 

Vue de l'exposition

 

SYLVESTER ENGBROX

Sylvester Engbrox est allemand et installé en France depuis 1986. Il peint depuis son adolescence et a exploré la photographie et la musique. Il a suivi la formation de l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, mais revient à la peinture, au début des années 1990. « J’ai commencé par couper dans la presse, des prospectus de vacances ou des magazines de télévision, d’importantes quantités d’images pour les classer selon une typologie inventée. Cette partie du travail passe aujourd’hui par Internet et par mes propres archives photographiques. Ce catalogage parfaitement inutile d’un monde représenté ne clarifie rien : plus on voit d’images, moins on comprend. Mais ce rangement, cette perpétuelle comparaison d’une représentation avec une autre finit par créer des ponts entre certaines d’entre elles. Parfois même, ces confrontations provoquent une nouvelle image. C’est cette image, apparue à mon insu, que je peins. Ma peinture est issue de ce classement obsessionnel. « Mes toiles tentent de réparer un espace-temps perturbé après un crash, de le redéfinir, en y imbriquant ce qu’il reste : des bouts d’images rassemblés ». 

Depuis 2011, il est enseignant à l’Atelier de Sèvres et depuis 2015 il réalise de nouveau des photographies.

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Site web de Sylvester Engbrox

J.EMIL SENNEWALD

Critique d’art et journaliste indépendant, membre d’AICA France, il travaille à Paris pour le compte de différents journaux et revues, dont Kunst-Bulletin (Zurich, Suisse), Springerin (Vienne, Autriche), Kunstzeitung, Kunst & Auktionen, Weltkunst, Die Zeit (Berlin, Allemagne), Roven (Paris). Il a enseigné à la Kunstakademie Düsseldorf et à la Zürcher Hochschule der Künste (Zürich). Actuellement, il est professeur de philosophie à l’École supérieure d’art de Clermont Métropole (ESACM) et chargé de cours à la F+F Kunstschule (Zürich) et à l’université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. Il est cofondateur du projet «Arts et science en recherche transversale Erkundungen in Kunst und Wissenschaft». Il est membre du comité scientifique de la revue de critique de l’image Rheinsprung 11, publiée à l’université de Basel.



Emil, J. Sennewald et Sylvester Engbrox. Photo©Max Torregrossa

 

HOMESTORY. Là où habitent les images sauvages. Entretien avec Emil J. Sennewald
 

Sylvester Engbrox est parmi les peintres allemands à Paris à voir absolument. Chez lui aussi, il vit son goût pour l’âme des images. J. Emil Sennewald lui a rendu visite dans son atelier-appartement au bord du branché canal de l’Ourcq.

Il a un flair implacable pour les bas-fonds psychiques des images – comme son feeling pour les côtés agréables de la vie à Paris. La vue de la fenêtre de son atelier donne sur les effets de miroir de l’eau du canal de l’Ourcq. De l’autre côté, dans la lumière douce du soleil du printemps, attendent les tables scintillantes d’un bistro parisien. Nous restons dans l’atelier – en compagnie des femmes séduisantes de Sylvester Engbrox. En arrière-fond, on entend de la musique – un grand iMac accumule des milliers d’images. De la matière première pour Engbrox : femmes, nudistes, enfants, toxicomanes, instantanés, accidents, aéroports. Tout ce que le Web peut donner à l’avidité du regard et à l’appétit d’images. Tout ce dont le peintre a besoin. Catkins and Cream Cake est le titre du tableau devant lequel nous nous trouvons assis, dans un canapé confortable. Deux girls sexy mâchonnent de la tarte. Avec une certaine banalité, presque kitsch, s’élèvent les chatons du titre, flous, dans l’image. Mais le regard passe furtivement, encore une fois, sur le décolleté, les épaules minces, les cheveux longs, revient à chaque fois un peu plus perturbé. Tournons notre regard sur le peintre de 49 ans maintenant. Il est good-looking, grand et élancé avec ses mèches argentées, le visage mince. Ses yeux bleu gris sont éveillés, parfois méfiants. Un type habitué à regarder de plus près. Le sourire souvent ironique se transforme ici et là en rire chaleureux, provoque quelques petites rides au coin des yeux. Sylvester Engbrox, peintre, chez lui, dans son intimité.

Emil Sennewald : Qu’est-ce qu’on entend comme musique ?

Sylvester Engbrox : C’est Odd Future, du rap complètement délirant de Los Angeles. Ça me donne un vrai kick en ce moment. Ils produisent de manière totalement décomplexée, ils mixent jusqu’à ce qu’ils obtiennent quelque chose de nouveau, assez barré.

E. S. : C’est le son de tes peintures ?

E. : On peut dire ça. En tout cas, c’en est un, je n’écoute pas toujours la même musique. (Rires.)

E. S. : Mais tu l’écoutes pendant que tu peins ?

E. : Surtout quand je regarde des images. Ça m’aide pour entrer dans un état de méditation.

E. S. : Tu médites pendant la peinture ?

E. : Non, c’est un peu exagéré. Je ne suis pas un chaman. (Rires.) Je dirais plutôt, je laisse passer les images devant moi. Avec la musique, on obtient parfois une bonne fréquence. Un son visuel, c’est de ça qu’il s’agit. C’est ce son visuel que je peins, dans un état d’absence, au milieu des images.

E. S. : C’est à quel moment que tu démarres ton trip ?

E. : C’est difficile à dire ; dès lors qu’il y a une saturation. Je collectionne des images du Web, de vieux magazines, je les laisse poser. Parfois, pendant des années. Un jour, une nouvelle image ressort une ancienne. Quelques-unes ne me lâchent pas. C’est alors qu’elles veulent s’en aller.

E. S. : S’en aller, c’est-à-dire sur la toile ? Quand elles y sont, elles deviennent amies ?

E. : Non. Elles vont ailleurs, je les laisse partir. Ce n’est pas l’objet peinture qui m’importe, c’est avant tout un moyen pour partir en trip.

E. S. : Ça sonne un peu obsessionnel. As-tu des obsessions ou des penchants particuliers ?

E. : Tu veux savoir si je suis accro aux belles femmes ou branché porno ? (Sourire.)

E. S. : Euh, non, pas vraiment, mais… c’est vrai que dans tes tableaux, il y a surtout des femmes. Et le plus souvent, elles sont nues, d’une manière ou d’une autre.

E. : Il est plus facile de peindre des femmes. Elles sont habituées à être exposées au regard et elles amènent cette aptitude dans le tableau. J’ai en réalité le sentiment d’être dans ces femmes quand je peins.

E. S. : Comme un acteur qui se projette dans un rôle ?

E. : Oui, exactement. J’aime bien qu’il y ait distribution de rôles. Peindre est donner un corps à l’image, c’est une incarnation. Je peins pour transformer un intérieur latent en corps.

E. S. : Le plus souvent en corps alléchants, beaux.

E. : Tu as regardé de plus près ?

E. S. : Ben écoute, nous sommes assis devant ces deux minettes depuis plus d’une demi-heure…

E. : Et tu les trouves chaudes, je veux dire, elles t’excitent ?

E. S. : Pas vraiment. Elles provoquent toutes les images qu’on connaît des jolies filles. D’accord, elles sont attractives, ça envoûte, on a tout le temps envie de regarder. Mais ensuite, la scène est quelque part banale, désolante. Une ambiance des années soixante-dix, kitsch, avec chatons et tout. Ça me fait penser à plein de choses désagréables de ma jeunesse.

 

 

E. : C’est ainsi pour une majorité de ces images. L’ambiance est plutôt sombre et inconfortable. Ce qui n’empêche pas l’effet d’attirance. Pense au film Amore Tossico…

E. S. : … Connais pas…

E. : … réalisé par Claudio Caligari en 1983. Une sorte de Christiane F. italien consacré aux jeunes toxicomanes. Quand l’héroïne se fait un shoot, on a l’impression qu’elle a un orgasme. Cette beauté, qui est une surface de projection, enfonce un monde parfait et m’intéresse.

E. S. : À propos, tu viens de Clèves. Du coup, on pense à Joseph Beuys, à l’art allemand. En regardant tes tableaux, à Gerhard Richter. Tu es ici à Paris depuis… depuis combien d’années, en fait ? S’agit-il d’un travail de mémoire ?

E. : D’un travail de mémoire de quelque chose qui n’a pas existé. C’est ainsi que fonctionnent les images, non ? Elles rappellent quelque chose qui n’a pas existé sous cette forme. Depuis plus de vingt ans. Ça fait un bail. Concernant les courants d’art, je me sens plus proche des États-Unis. Chez eux, le contenu a moins d’importance qu’en Allemagne et le concept, moins qu’en France. Là-bas, c’est la matérialité du tableau qui joue le rôle principal. Comme chez Elizabeth Peyton. Mais Gerhard Richter, si si, il était très important pour moi. Je tiens à l’idée d’une responsabilité de l’image, et d’une certaine subversion imbriquée. Je suis un grand fan de Helge Schneider. Quelqu’un a écrit que Helge vit dans un monde « rétro-parallèle ». Je me sens un peu comme lui : je vis dans mon monde rétro-parallèle, je le fabrique, je suis parti et je suis là.

E. S. : Tu as dit que les images rappellent des choses qui n’ont pas existé. Mais devant la caméra, il y avait quelqu’un, quand la photographie que tu prends comme modèle a été prise.

E. : Il y avait quelqu’un, oui. Mais ce n’est pas celui que l’image montre. Et encore moins celle qu’on voit dans le tableau. Elle est faite de plein d’images.

E. S. : Tu veux dire quoi par là ?

E. : C’est un montage.

E. S. : Alors, tu poses des photos, tu prends la bouche par-ci, l’oeil par-là, et le nichon…

E. : Non, je reconstruis à partir de ma mémoire. Il y a des images que j’utilise ou que je projette directement. Mais pour trouver la fréquence de l’image, j’y introduis d’autres éléments. Jusqu’au moment où je vois ce que j’ai mémorisé comme aura, comme Stimmung.

E. S. : Étrange, unheimlich. Non pas parce que tu serais un Frankenstein de l’image. Mais plutôt dans le sens de Freud : tu rends visible ce qu’il y a d’étrange dans le familier, dans ce qu’on croit connaître. L’inconscient de l’image ?

E. : Freud est important pour moi. Le plaisir de l’image m’importe. Et la violence qu’elles cachent fréquemment. Le processus de la peinture densifie ces facteurs. Regarde celle-ci : on y voit ces deux garçons dans la verdure, et l’un d’eux fume. Ou celle-ci (Il sort une grande toile) : cette femme, comment elle se tient, séductrice, triste aussi, atteinte. Tu trouves ça dans tous les tableaux : un désespoir.

E. S. : C’est toi qui infliges cette violence à l’image ?

E. : Je dirais plutôt que je sens quand une image porte en elle cette violence qui nous coince dans son espace et qui produit secrètement cette oscillation, ce genre de fréquence visuelle, que j’absorbe. Je me concentre sur le charisme que l’image dégage, qui se transforme ensuite dans le tableau en rayonnement (Ausstrahlung) et qui répond à quelque chose que le spectateur amène quand il s’approche du tableau.

E. S. : Un peu comme une Homestory chez un artiste à Paris. Merci pour cet entretien.
(2014)

Homestory. Version pdf

ŒUVRES EXPOSÉES

 


Ulrike, FNA 402-39 $ 1
, huile sur toile, 89 x 116 cm, 2013  #6

 


Mittagspause
, huile sur toile, 114 x 146 cm, 2014  #4

     


Smoking Boys
, huile sur toile, 81 x 116 cm, 2014  #13

 


Lake, Skinny Dipping, huile sur toile, 81 x 100 cm, 2013  #12

     


Save Me a Place
, huile sur toile, 65 x 74 cm, 2013  #7

 


Catking and Cream Cake
, huile sur toile, 114 x 146 cm, 2014 - #3

     
 


Ponytail
, huile sur toile, 130 x 130 cm, 2013  #11

   


Aquanauts, DDR
, huile sur toile, 100 x 81 cm, 2013  #14

     
  
Regine, huile sur toile, 73 x 116 cm, 2012  #10
   
Heat Waves, Radio Waves, huile sur toile, 73 x 116 cm, 2013  #9
     


Bungalow, South Germany
, huile sur toile, 81 x 100 cm, 2013  #5

 


Anke
, huile sur toile, 114 x 146 cm, 2014  #2

     


Lounge
, huile sur toile, 89 x 146 cm, 2014  #1

 

 

 


Couple
, aquarelle, 46 x 63 cm, 2013  #17

     


Britta, aquarelle, 46 x 63 cm, 2013  #16

 


Flight Recorder, aquarelle, 46 x 63 cm, 2013  #15

     


Mùˆnchen
, aquarelle, 46 x 63 cm, 2013  #18

 


Friend, V1 b
, aquarelle, 63 x 46 cm, 2013  #20

     

Friend, V1 d, aquarelle, 63 x 46 cm, 2013  #21

 


Sauna
, aquarelle, 41 x 63 cm, 2014  #22