J'AI MAL ! J'AI PEUR !

[EXPO] DU 26 SEPTEMBRE AU 26 DÉCEMBRE 2015 (PROLONGATION → 20 FÉVRIER 2016)  / APPEL À PROJET  /  LES ARTISTES  /  LES ŒUVRES

Exposition : dessin, installation, photographie, performance, littérature, vidéo, textile

Artistes : Alizée ARMET, Nathalie BLANC, Geoffroy BOGAERTJeanne BORENCZTAJN, Yves BURAUD, Claire CHALETDelphine CIOLEK, Adrien DASILVA, Alix GHANADPOUR, Silvia GIGLIODORO & Elizabeth CLEMENT, Nicolas KANTOROWICZ, Anaïs LELIÈVRE, David LIHARD, Isabelle LUTZ, Yusuké Y. OFFHAUSE, Chiharu OTAKEKirkis RROSE, Malvina SAUVAGE, Dominique TORRENTE, Daniel VAN DE VELDEYann YVINEC 

Lieu : galerie VivoEquidem, 113, rue du Cherche-Midi 75006, Paris, FR
Tél. : +33 (0)1 83 97 22 56 ou +33 (0)6 16 81 01 48
Ouverture : du mardi au samedi de 15h à 19h30

Contacter la galerie par mail

En métro : Duroc, Falguière
En bus : arrêts Maine-Vaugirard (84, 82, 29, 92)
En Vélib': bornes : Cherche-Midi, rue Saint Placide, rue Saint Romain,
en Autolib': avenue du Maine, rue Mayet


Du 26 septembre au 26 décembre 2015 (prolongée jusqu'au 20 février), VivoEquidem présente l’exposition collective J’AI MAL ! J’AI PEUR !
Il ne fait aucun doute que ce début de XXIe siècle est empli d’incertitudes : crises économiques, politiques, sociales, spirituelles, technologiques, écologiques. Le monde est en profondes et rapides mutations où s’entrechoquent toutes les structures humaines. Changement de cycle, d’ère (ou d’air) ? Il faut bien constater que l’individu aujourd’hui n’a ni l’esprit ni le corps en paix. 

C’est dans ce cadre que VivoEquidem a fait un appel à projets pour cette exposition durant laquelle les participants sont invités à expérimenter à leur manière la peur et/ou la souffrance.

Jusqu’à la fin de l’année, les propositions d’artistes seront ainsi présentées soit à la galerie soit, de façon dématérialisée sur le site web de VivoEquidem.

Le projet a pour intention de s’ancrer dans le temps comme une capsule temporelle afin que l’on puisse constater dans l’avenir proche ou lointain la façon dont ces souffrances et ces peurs se sont précipitées (chimiquement parlant) dans le monde en accélération entropique.

Trois performances ont lieu le jour du vernissage :

- J’AI MAL À, texte/chorégraphie/vidéo de Nathalie BLANC avec Chiharu OTAKE
- RUE LE PEN, une nouvelle d’Yves BURAUD dite par  Emmanuel CURTIL
- ZOMBIE ! une performance musicale (qui va faire mal et qui va faire peur) de Nicolas KANTOROWICZ, du groupe Sporto Kantes, sur une projection d’extraits du film de Roméro, « Zombie » (1978)

Courant novembre Anaïs LELIÈVRE nous invitera dans une rue de Paris à une performance CLOC.

D’autres œuvres seront présentées lors de ses 12 semaines d’exposition. 

 

 


Yves Buraud, Police Carte Graff, 150 x 160 cm, 2015
 

 

Mots-clefs : Peur, douleur, video, dessin, installation, photographie, écologie, mots, Fukushima,  LePen


LES PREMIERS ARTISTES DE L'EXPOSITION 

 

Alizée ARMET 

Jeune plasticienne, Alizée Armet a obtenu un DNSEP option art à l’ESAAA d’Annecy. Son atelier se situe aux Ateliers de la Communale à Bidart. Ses techniques de manipulation sont très diverses : allant de la broderie, de la sculpture aux vidéos, elle utilise le matériau de la sous-culture et des outils laissés par Internet.

Elle manipule les « brodages » de situation, des narrations d’histoires du quotidien comme hypothèses de création de mondes possible. Créant des installations multiples se basant sur le clusterfuck aesthetic*, elle réinterroge notre quotidien face à la recrudescence du multimédia par l’extension de l’Internet. Broder pour elle est peindre le virtuel.

* esthétique du foutoir

[WEB] site d'Alizée Armet
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Yves BURAUD

Yves Buraud est un artiste plasticien et un écrivain né en 1964. Il suit l’enseignement de Patrick Saytour et de Carlos Kusnir aux Beaux-arts de Bordeaux et de Nîmes avant d’obtenir un Master à l’ENSBA de Paris. Il vit et travaille à Bagnolet (93).

Ses œuvres plastiques et littéraires s’inscrivent dans les aménagements urbains et leurs politiques sociales. Dans son premier livre, Le Petit Atlas Urbain Illustré (2005) aux Éditions Al Dante, il décrit les banlieues, le chômage et les politiques sécuritaires sous la forme d’un guide humoristique et caustique. Dans son second livre, Agonie-Sous-Bois(2008), Yves Buraud évoque à travers la structure fragmentaire d'un abécédaire des émeutes urbaines : un récit critique et satirique, dont le personnage principal est l’espace. En 2013 VivoEquidem a édité un recueil de nouvelles Psychogéographique : Archipel Précaire 

[WEB] site d'Yves Buraud
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Anaïs LELIÈVRE

Formée à l’université Paris 1 (Doctorat) et aux Beaux-Arts de Rueil-Malmaison et de Rouen (DNSEP), Anaïs Lelièvre travaille entre Paris et Marseille. Sa production se développe sur plusieurs périodes et plusieurs techniques : auto-mises en scène photographiques par recouvrement ; installation de photographies numériques en gros plan de sa peau ou de sa langue dans l’espace public ; écriture déstructurée par la vidéo, la sculpture et l’installation ; et actuellement sculptures-performances, articulées à des dessins qui se déploient sur grands formats à l’échelle du corps.

Son travail constitue une recherche autour de la matière, indistincte et incarnée (originelle) et de sa relation avec le monde. De fait, elle expose plus particulièrement dans des cadres atypiques qui l’amènent à créer un dialogue avec le site et à concevoir des œuvres qui se définissent dans leur adaptation à différents contextes.

[WEB] site d'Anaïs Lelièvre
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Malvina SAUVAGE

Née en 1961 à Colombes, Malvina Sauvage vit et travaille à Paris. Autodidacte, elle utilise dans sa pratique des objets de la vie courante avec des matériaux récupérés, journaux et autres objets qui lui permettent d’explorer les formes, les couleurs et les matières. Sa démarche artistique est influencée par ses voyages, en particulier le tour du monde qu’elle a réalisé en solitaire pendant l’année 2010.

Malvina Sauvage évolue dans un univers coloré et naïf teinté d’engagement et de prise de conscience écologique, social, éthique. Plus généralement, son travail porte un regard humoristique emprunt d’une certaine inquiétude sur les transformations générées par l’homme sur son environnement.

[WEB] site de Malvina Sauvage
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Dominique TORRENTE

Dominique Torrente vit et travaille à Saint-Étienne. Elle a suivi une double formation à l’École des beaux arts de Saint-Étienne et à la faculté d’arts plastiques de Paris Sorbonne.

Sa pratique porte sur la broderie, la photographie, le dessin, la céramique, dans le cadre d’une mise en espace de l’écriture, du langage, qui est le matériau premier de ses recherches.

Elle travaille par hybridation et "collage" mêlant culture populaire et culture savante et en utilisant les codes de l’histoire de l’art occidental pour créer des sortes d’"objet-vestige-futur". Il s’agit, en jouant avec les anachronismes et en bousculant les représentations, de chercher à provoquer des déplacements de perception et des sensations et/ou de ranimer les mémoires collectives et patrimoniales.

[WEB] site de Dominique Torrente
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Yann YVINEK

Sorti de l’École des Beaux-Arts de Saint-Etienne en 2008, aujourd’hui École Supérieure d’Art et de Design, Yann Yvinec fonde avec un ami dans la région toulousaine l’association Thermostat-7, qui œuvre dans des domaines allant de l’illustration à la conception et la construction de décors ou d’animations pour des événements culturels. En parallèle, il développe sa pratique artistique autour de l’idée du doute et du paradoxe en interrogeant ses propres pulsions.
Son travail se compose d’un ensemble de dessins, de jeux, de sculptures ou de figurines (sortes de vanités contemporaines) qui tendent à faire du conte de fées une désillusion, et de la ruine, la source d’un autre regard.
Pour lui, le « mignon » et les douces choses de l’enfance se confrontent à leur propre dégénérescence : la gêne devient séduisante et le tragique parfois, malicieux.

[VOIR] Thermostat-7-association
[Mail] contacter Yann Yvinec

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Jeanne  BORENSZTAJN

Jeanne Borensztajn est née à Paris en 1993. Elle est (en 2015) étudiante aux Beaux-Arts de Paris depuis 2011. Loin de se restreindre à une seule technique, elle a débuté par le dessin, le collage, la photo, puis s'est intéressée à la vidéo et au son, puis a réalisé un ensemble d'installations. Depuis deux ans la littérature a gagné en importance au sein de sa pratique artistique. Elle s'applique à tramer des fils de conjonctions entre le visuel et le textuel dans un va-et-vient entre la sphère publique et la sphère privée. Cet état d'esprit n'est pas une posture : elle est vraiment habitée par ce monde où Georges Brecht et Tatiana Trouvé pourraient se croiser dans le même escalier. 

[Mail] contacter Jeanne Borensztajn

 

 

Nathalie BLANC

Géographe, Nathalie Blanc dirige le LADYSS, laboratoire du CNRS (Lab. Dynamiques sociales et recomposition des espaces). Elle a suivi également un enseignement à l’ESAG Penninghen (École supérieure d’art graphique) et aux Beaux-Art de Paris. Ses travaux scientifiques concernent le thème de la nature en ville et de l’esthétique environnementale. Son activité créatrice, essentiellement poétique s’est déployée dans le champ de la théorie géographique et esthétique et de la pratique artistique et littéraire.

Elle a été commissaire de l’exposition Ce Qui Fait Fragilité à VivoEquidem en 2014

[WEB] site de Nathalie Blanc
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Claire CHALET

Née en 1968, Vichy, France.
Claire Chalet a étudié à l’École Nationale Supérieure d’Art de Paris Cergy.
Elle vit aujourd’hui à Paris, après 5 années passées à Milan en Italie.

Mon travail poursuit une longue recherche vers la connaissance de soi et de l’être de façon plus générale. Pour cela, je me sers de la rêverie et non du rêve. C’est par la peinture et le dessin que j’explore ce monde intérieur.

Ma peinture travaille avec le temps, elle met du temps à se mettre en place, mais demande aussi du temps à celui qui regarde. Elle n’est pas immédiate. L’image apparait en y passant du temps.

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David LIHARD

Né en 1974 à Montpellier, David Lihard vit et travaille à Angers.

Après une vie professionnelle éloignée du monde de l’art, il décide en 2007 de se vouer entièrement à des recherches plastiques. Il pratique la peinture, le dessin, la sculpture et la photographie.

Plaçant l'Homme au centre de mes recherches, j'ai commencé par explorer une période charnière et fondatrice de nos existences.
 Le monde du « pour toujours » disparaît et les interrogations nous rongent, ensuite, inéluctablement, nous oublions. 
Je m’efforce dans mon travail de revenir aux sources de cette révélation et des peurs originelles qu'elle engendre. Ma démarche est une traduction formelle de ces questionnements profonds et des habitus paradigmatiques de l'enfance (jeux, amour, joie, sexualité, peur, violence, mort…) 

[WEB] site de David Lihard
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Adrien DASILVA 

Il est né à La tronche en1994. Il vit et travaille entre Grenoble (France) et Campo de Jales (Portugal).

Étudiant à l’École Supérieure d’Art et Design de Grenoble, c’est à travers une multitude de techniques comme l’écriture, la photographie, la sculpture et la peinture qu’Adrien DaSilva m’exprime. Il choisit le médium en fonction de la pertinence du résultat et de la justesse du ressenti qu’il souhaite exprimer. Ses productions concernent principalement ses propres questionnements : peurs, angoisses, sexualité.

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Amandine ZAÏDI

Née le 23 mars 1983 à Lyon. Amandine Zaïdi vit et travaille à Berlin et à Lyon.

Diplômée de l’École Supérieure d’Art de l’Agglomération d’Annecy en 2009.

Amandine Zaidi utilise plusieurs médiums tels que le dessin, la vidéo, l’installation, la sculpture ou la performance. Tout en s’articulant autour du thème récurrent du sexe social (influencée par le courant des « genders studies »).

[WEB] site d'Amandine Zaïdi
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Silvia GIGLIODORO & Elizabeth CLEMENT

Silvia Gigliodoro est née en Italie, a vécu à Londres et vit et travaille maintenant à Paris. Elle a étudié la photographie (IED, Rome) et l’anthropologie visuelle (MA, Goldsmiths College, Londres).

Artiste photographe et vidéaste, elle s’intéresse à la surface élusive des images et aux articulations de regard et de lecture qui s’y produisent. Ses projets se développent autour de l’altérité, la sexualité, l’identité et la construction de soi.

Son premier court-métrage Roman Postcards a été sélectionné dans plusieurs festivals et a reçu la mention d’honneur du président du jury Peter Handke au 1er Küstendorf International Film Festival créé par Emir Kusturica en 2008.

D’origine franco-britannique, Elizabeth est née à Paris. Après ses études, elle s’est installée à Londres où elle a vécu et travaillé de 1993 à 2010. Elle vit et travaille aujourd’hui à Paris.

Autodidacte et inspirée par ses sens, ses domaines de prédilection sont l’univers des mots et celui des sons. Passionnée de musique, de natures et de voyages, c’est le récit de la quotidienneté et de sa poésie intrinsèque qui la stimule.

Elle écrit des nouvelles, des scénarios de court-métrages et crée des paysages et fictions sonores.

[MAIL] contacter par mail les artistes 

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Alix GHANADPOUR 

Né en 1969 à Téhéran (Iran)
Nationalité française, vit et travaille à Paris.
Alix Ghanadpour est né en Iran, à Téhéran, mais a vécu à Ahvàz, dans la province du Khuzestan, la même où la guerre Iran Irak a démarré. Il arrive en France à l’âge de 14 ans.
Le Louvre a été longtemps son lieu de prédilection où les Caravage, les Titien et les Zurbaran retiennent son attention.
« C’est dans la gravité qu’on trouve la réalité », affirme-t-il.
La peinture selon lui n’est plus « thème », mais une « fiction » qui déploie en creux la grande comédie humaine en de grandes fresques à la limite de l’allégorie contemporaine.

[WEB] site d'Alix Ghanadpour
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 Geoffroy BOGAERT 

Geoffroy Bogaert a obtenu le D.N.S.E.P. (Diplôme national supérieur d’expression plastique) aux Beaux-arts de Valenciennes et le Master à la faculté d’Arts plastiques à Tourcoing.

Il vit et travaille à La Madeleine dans le Nord. Sa pratique est essentiellement le dessin que ce soit à l’acrylique, à l’encre, au graphite. Il fait également de la gravure. Ses dessins s’appliquent sur tous les supports possibles, les murs, le sol, le papier.

Son travail s’axe sur le témoignage et la représentation de l’être dans la sauvagerie du corps et du portrait ; la nature dans son incongruité. Il aime les terrains vagues, les faubourgs, les no-man’s land, les lieux désertés par l’activité humaine.

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Nicolas KANTOROWICZ 

Né en 1963, Nicolas Kantorowicz vit et travaille à Pantin (Seine-Saint-Denis). Titulaire d’une licence d’art plastique de Paris 8, il a toujours joué de la musique.

Ancien bassiste des WAMPAS de 1987 à 1992, membre du duo SPORTO KANTES, avec Benjamin Sportès, il joue également avec Patrick Vidal (Marie et les Garçons). Passé de la musique punk à l’électro, il explore la scène musicale contemporaine de long en large en passant par Stockhausen et la musique concrète.

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Yusuké Y. OFFHAUSE

Vit et travaille à Genève. Il a d'abord étudié à l'Ecole Supérieure des arts appliqués Duperré, ensuite à la Haute Ecole d'Art et de Design de Genève. La notion d’imperfection et le sujet de la mémoire sont les axes autour desquels Yusuké organise sa réflexion. Il réalise des sculptures ainsi que des installations. Le mot “imperfection” est communément associé à des termes tels que : inachèvement, défaut, mal, tare, faute, vice. Tous ces mots connotent cependant quelque chose de négatif. Cela dit, l’imperfection peut parfois être source de création et jouer un rôle esthétique ou être maniée de manière positive. C’est ce qu'il essaie de prouver dans ses travaux plastiques. Yusuké travaille souvent avec la céramique et n'hésite pas de changer ses moyens plastiques et ses matériaux en fonction de sujets traités, tels que le bois, le métal, le verre, la cire, le silicone, la photographie…

[WEB] site de Yusuké Y. Offhause
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Daniel VAN DE VELDE

Daniel van de Velde vit dans le Var et travaille au gré de ses projets. Il pratique la sculpture, l’installation, la photographie, l’écriture ou la vidéo. En sculpture, son matériau de prédilection est le bois sous forme de tronc, de branches, qu’il évide jusqu’à ce que le matériau ne soit plus qu’une paroi qui enserre du vide.
Ces installations donnent la mesure anthropocentrique du lieu où elles s’inscrivent. Quand il photographie, il élabore des séries qui jouent sur un déploiement aléatoire de situations. Quand il écrit, il le fait de manière saccadée, comme s’il mettait en doute la linéarité du temps et quand il filme, il cherche à ce que le rapport au lieu devienne la mesure du temps. Il produit également de la poésie expérimentale.

[WEB] site de Daniel van de Velde
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Isabelle LUTZ

Née à Genève, Isabelle Lutz travaille en Suisse après avoir été à Berlin et à Londres.
Titulaire d’un Master of Science, MSc, sa pratique artistique a débuté par la littérature puis la peinture. Elle travaille aujourd’hui plusieurs médias en particulier la photographie et la vidéo.

Totalement impliquée — y compris physiquement — dans ses créations, Isabelle Lutz explore l’idée d’appartenance et d’exclusion du « je » où la sexualité a une part importante.

[WEB] site d'Isabelle Lutz
[Mail] contacter par mail

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Kirkis RROSE

Étudiant en Master 2 à l’Université Paris 1 - Panthéon-Sorbone et artiste-plasticien, Kirkis Rrose (pseudonyme) vit et travail à Paris. Le corps est au centre de sa pratique artistique et de ses études.

L’usage quasi systématique du rose dans son travail et dans sa vie est le liant de toutes ses actions. Véritable prothèse chromatique, elle colore son identité.
Comme étudiant, Kirkis a fait de son corps le sujet de ses recherches, en se focalisant sur les modifications corporelles entamées sur sa propre chair comme pratique plastique.
Parallèlement à ses études, il est très impliqué dans la lutte contre les discriminations et les infections au VIH-SIDA.

« Kirkis » est le nom d’un des elfes du jeu vidéo Suikoden sorti en 1995 et « Rrose » est le prénom du personnage féminin fictif créé par Duchamp, Rrose Sélavy.

[Mail] contacter Kirkis Rrose
[WEB] site de Kirkis Rrose

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Dephine CIOLEK 

Née en 1980 à Metz, Delphine Ciolek a vécu en Lorraine, en Bretagne, au Canada et à La Réunion avant de se fixer à Paris. 

Ses études d’ingénieure agro-halieute et ses nombreux voyages lui ont permis de développer sa réflexion sur les différents modes de vie et de consommation dans le monde, dont elle témoigne à travers ses dessins.
C’est son appareil photo qui lui tient lieu de carnet de croquis. Elle choisit ensuite sa technique en fonction de la temporalité du projet : feutre pour l’aspect « définitif » des traits, fusain ou pastel sec pour les variations à l’infini.

[Mail] Contacter Delphine Ciolek

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Alizée ARMET 
Les Choses Sont Naturiennes
Vidéo (jeu Second Life, capture vidéo, son, montage)
23'23"
 
©ADAGP Paris 2015

La réalisation de cette vidéo est née de mon appréhension de l’apparition de l’Internet des objets (IoT), l’extension d’Internet à des choses et à des lieux du monde physique.

Je crains et j’ai peur de voir disparaître la vie privée : plus les choses sont connectées entre elles, plus se dévoile notre vie.
Je crois que nos données (DATA) doivent rester personnelles et ce qui me fait mal, c’est la vision que j’ai des jeunes générations qui n’ont plus conscience de la démarcation entre dossiers partagés et dossiers privés, notamment avec l’utilisation de logiciels de réseaux

« Les choses sont naturiennes » fait partie de mes recherches sur les randonneurs naturistes et la divulgation de nos informations sur Internet. Quand j’ai constaté que les naturistes parlaient très peu à l’extérieur de leur communauté et le faisaient principalement sur des groupes web privés (par avatars), je me suis demandé comment notre corps (physique et intellectuel) peut interagir avec le système Internet.

L’histoire prend forme comme une marche à travers Second Life, une randonnée naturiste virtuelle. Le scénario est construit sur le principe d’un road-movie. Le personnage est un avatar. C’est l’intermédiaire entre la machine, mes constatations et mes interrogations. La voix que l’on entend est celle de l’ordinateur. Elle est produite par un logiciel nommé « Terminal » de mon MacBook. Le doute surgit. Est-ce ma voix ?

Par ce processus, je veux créer « un brodage de situation », une hypothèse de situations de vie. Le paysage virtuel que l’on voit suscite une interrogation quant à la notion de réalité Qu’est-ce qui est vrai ? Naturel ? La marche permet de prendre du recul. Marcher permet de relativiser l’expérience humaine.

Je cherche à interroger les relations des multivers cybernétiques. Je crois que face aux évènements et aux progrès, à la rapidité des informations, nous sommes désorientés.

Nous ne possédons plus assez de temps pour réfléchir aux situations. Il nous faut respirer et prendre le temps.

Alizée ARMET, 2015

[BIO]


 

Geoffroy BOGAERT 
 

25 dessins
Encre et crayon sur papier
12 x 12 cm
2015

 

Pour commencer j’effectue un travail d’échantillonnage. Je relève les « mauvaises herbes », là où ces plantes pion­nières sont le plus indésirables, c’est-à-dire dans nos rues. Puis je les classe, cherche leur nom dans des encyclo­pédies de botanique. Une fois identifiée, je les représente par le biais du dessin, laissant ainsi une trace de leur passage.

De nombreuses herbes sauvages sont en voie de disparition, en tout cas dans leur état naturel, comme la Cen­taurea cyanus, la Glebionis segetum, l’Adonis annua.... Nous pouvons encore les trouver en ville, grâce à l’action humain et à la mode des prairies fleuries. Cette mode fait suite à la volonté d’exterminer le vivant, le sauvage de nos habitats, car ces herbes soulignent les imperfections, l’usure de nos constructions. Mais cette méthode de multiplication est loin d’être naturelle et nous ne savons pas dans quelle condition les graines que nous trouvons sont produites.

Dans cette série de dessin, j’illustre ma peur de voir la nature présente en ville disparaître. Je tente de sauver le peu d’adventice que je croise, elles semblent être là de façon naturelle, car aucun jardin, aucun balcon ne sont à proximité, seuls des hauts murs de brique, de béton constituent leur environnement. Mon action sur ces herbes sauvages consiste à les accoupler manuellement, en les secouant les unes sur les autres, mariant les étamines aux pistils.

Mon action peut sembler infime et dérisoire, car elle s’applique à un écosystème qui est artificiel, mais elle inter­roge la place du naturel dans notre volonté à vouloir réparer toutes nos erreurs en matière d’écologie.

Geoffroy Bogaert, 2015

[BIO]


 

Adrien DA SILVA

9/7/15  (feuille de soins de consultation de psychiatrie)
Impression sur papier 180g/cm2
60 x 85 cm
Cadre de 70 x 100 cm
2015
 
 

Mon siècle, mon fauve, qui pourra
Te regarder droit dans les yeux

Ossip Mandelstam, Le siècle, 1923

 

La peur de la mort, du néant, de l’oubli. La difficulté de vivre avec moi, mais aussi avec les autres : mes angoisses sont propres à mon siècle. Un siècle dans lequel je me sens en décalage ; un siècle en roue libre. Je suis le reflet de mon temps, malade tout comme lui. Ce mal est en moi omniprésent.

La psychiatrie est pour moi une aide dans ce monde complexe et vertigineux, dans ce rapport brutal que j’ai avec lui. C’est un moyen pour moi d’accepter. L’agrandissement d’une de mes

feuilles de soin et aussi celui de mes angoisses. Ce document – dénué alors de sa fonction – devient un témoignage inaliénable de ma réalité, qui est aussi, je crois, celle de mon époque.

Adrien Da Silva, 2015

[BIO]

 
Dominique TORRENTE
Figures Noires,
Terreur - diptyque
J'effroie
Textile- broderies noires sur toile noire
70 x 70 cm chaque pièce
 

TAIRE HEURT,     J’EFFROIE,

Dans ces FIGURES NOIRES, je mets en avant ce que je nomme « des télescopages lacaniens », des mots, des expressions en lien entre l’inconscient.

Ce maillage d’idée, d’affect, de perceptions, de signifiant, inaperçu de notre conscient est une boite à trésor et aussi une boite de Pandore qui révèle les aspects sombres, tragiques et enfouis de notre vie.

Une longue analyse m’a permis de renouer avec nombre d’éléments refoulés qui polluaient, anesthésiaient, paralysaient ma vie. La peur, ou plutôt l’angoisse dirigeait ma vie, sans que j’en aie conscience.

Le mal-être était intense, la souffrance quotidienne et les manifestations somatiques répétitives. J’EFFROIE incarne autant la peur glaçant le sang, que la confusion entre la colère et l’épouvante. Cela m’effraie, mais tout aussi bien j’effraie, je suis effrayante.

Face au thérapeute, dans un espace en sécurité et en confiance, la parole se libère et les mémoires remontent lentement. Il n’est plus question de TAIRE les HEURTS, et d’être dans la TERREUR, mais de retrouver progressivement ce qui a « boule–versé » l’équilibre. Dans l’enfance, et parfois aller plus en arrière, traverser les âges et descendre profondément.

De la guerre de 14-18, en passant par les journées sombres de l’occupation allemande de ma ville natale, bien avant ma naissance, se sont joués des tricotages de peurs et de traumatismes qui ont percuté plusieurs membres de ma famille.

Il s’agit alors d’aller à la quête des faits, et d’aider à nommer l’indicible. La parole vraie, même souvent déformée par les ans ou par les couches de mémoires, mais conscientisée, devient acte de liberté.

Dans ces toiles noires s’incarnent l’extrême complexité du langage, notre condition de parlêtre (Lacan). La délicatesse de la broderie, le fil qui renoue patiemment les liens déchirés, tisse une toile des mémoires que la lumière et les regards illuminent.

Se rejoue également la métaphore endormie que les antiques appréciaient, entre texte et textile. Selon Luxuriux, poète romain, l’écriture est la chaine d’un tissu dans laquelle le lecteur introduit sa propre trame vocale de façon à tisser le texte, qui se défait par conséquent après chaque lecture.

T. Août 2015

[BIO]

Ecouter Dominique Torrente :


 

Yusuké Y. Offhose
Tokyo 2012
Installations de 81 Polaroid
2012-2015
 
 

J’ai vécu pendant 21 ans -depuis ma naissance à Tokyo- au Japon, et je vis depuis 9 ans entre Paris et Genève.

J’ai réalisé une série de photographie (Polaroid) intitulée « Tokyo 2012 » l’année suivant l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima. C’est une série où j’essaie d’exprimer ma perception sur Tokyo, ma ville natale, qui a été modifiée à cause de la présence de radioactivité. Mon but n’est pas d’exposer mon opinion politique ou écologique, mais je tente de montrer ce que je ressens à Tokyo après l’accident. L’incertitude des informations sur le taux de radioactivité causé par l’accident et l’angoisse construisent ce travail qui est à la fois documentaire et fictionnel ou une fiction basée sur le réel. C’est une réalité personnelle qui pourrait évoquer une réalité commune.

Cette série montre mon changement de perception sur ma ville natale après l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima. Tokyo n’a visiblement pas changée, mais la présence de radiation ne me permet plus de voir ma ville comme avant. J’ai photographié des architectures et des plats que j’ai mangés. Ces sujets photographiques étaient les déclencheurs de ses souvenirs jusqu’à l’accident. Ces deux sujets fonctionnaient comme la madeleine de Proust. Il y a eu un moment où le même taux de radioactivité de Fukushima a été observé à Tokyo à cause du vent et de la pluie.

Lorsque je suis retourné à Tokyo pour la première fois après la catastrophe, je me suis rendu compte que les repas et les architectures n’étaient plus les mêmes. On dit que le monde a changé après le 11 mars 2011. Lors de mes promenades, je ne pouvais plus voir mes souvenirs comme auparavant, et cela à cause de la notion de radioactivité.

Parce que la nourriture que je mange est sans doute radioactive, ce poison entre directement dans mon corps. Mes architectures préférées sont invisibles et sales. À l’aide de photographies Polaroid, j’essaie de rendre visible l’invisibilité des radiations. Ses films montrent ce que j’ai perdu conceptuellement.

J’ai vu un film documentaire sur Fukushima réalisé par un amateur parti filmer avec sa petite caméra. Le film montre les paysages d’une fenêtre de voiture en allant jusqu’au village qui se trouve non loin de la centrale nucléaire. Il y a une séquence dans le film où dans un beau paysage de nature le soleil se lève, mais immédiatement après, un son bizarre comme celui d’une alarme retentit. Ensuite, la caméra montre un compteur Geiger qui annonce un énorme taux de radioactivité. Cela m’a beaucoup choqué, car l’image paisible que je regardais et l’information qui en ressortait ne correspondaient pas. La beauté et le danger fusionnaient. C’est cette impression que j’ai ressentie lors de mes promenades à Tokyo. La dualité entre beauté et danger est une des traces de l’accident de centrale nucléaire de Fukushima. J’essaie de fusionner l’esthétique plastique d’un Polaroid avec ce que j’appelle un sujet pesant dans cette série.

Photographier avec Polaroid 

Les raisons pour le choix de ce médium sont, tout d’abord, l’effet nostalgique des couleurs de Polaroid qui me convenaient très bien. Parce que comme mes déclencheurs de souvenirs, ils sont devenus quelque chose du passé provoqué par la radioactivité. Cependant, leurs aspects n’ont pas changé. J’ai donc pensé pouvoir raconter, grâce à l’effet de Polaroid, l’invisibilité que mes sujets photographiques contiennent.

Il existe historiquement des relations entre radiation et pellicule. Vers 1951, l’entreprise Kodak a constaté dans une de ses usines que leurs pellicules étaient imprimées sans raison. Plus tard, Kodak a révélé que ce phénomène était dû à une énorme quantité de radioactivité tombé avec la neige sur son usine. Les essais nucléaires de l’armée américaine dans le Nevada avaient déposé cette radioactivité dans la couche d’ozone. Il existe également des images filmées le jour de l’explosion de la centrale nucléaire à Chernobyl. La population locale a continué à filmer le centre-ville comme si de rien n’était, car les habitants n’avaient pas encore conscience de la gravité de l’accident à ce moment-là. Ce sont des scènes de la vie quotidienne comme des mariages, des enfants qui jouent dans un parc, etc. Dans certains d’entre eux, on voit des lumières étranges clignoter sans discontinuité à cause de la radiation.

Lorsque l’on achète aujourd’hui des films Polaroid, les couleurs ne ressortent pas comme avant. En effet, l’entreprise Polaroid a fait faillite en 2008. L’entreprise Impossible Project a racheté l’usine de Polaroid et continue à fabriquer ces films depuis 2010. Cependant, les matières premières pour la production de films ont été épuisées. L’entreprise a donc été contrainte de faire autrement. C’est pour cette raison que la qualité ou les couleurs de ses films ne sont plus les mêmes. Impossible Project continue de faire des recherches et la qualité de leurs films s’améliore petit à petit. C’est l’imperfection de ces produits qui m’a le plus attiré. J’ai obtenu des photographies avec une luminosité bizarre et parfois des images dégradées. Ce résultat tient des films imparfaits, mais aussi peut-être de la radiation, car ils ont été achetés et utilisés à Tokyo.

Yusuké Y. Offhose, 2015

[BIO]

Ecouter Yusuké Y. Offhose :


 

Isabelle LUTZ

Fuck Me Tender #1 et 2
Vidéo
10'

 
 

Sourcils hautains, regard fou.
Grandir un peu.
À quarante ans, paraître adulte.

Chronos et son ballet mortifère. Un passeur d’images. Un casseur de couilles.

D’insipide, devenir femme. S’inventer bonne et plus proche de toi. Synchroniser mes battements ; un, deux, stop — silence. L’écho de mon pouls, le con à l’air  libre: m’évader. Et puis sourire les nuits sans lune, sans m’avilir.

L’actualité, survolée ; les privatisations, consenties ; la GPA, refoulée. 

Tête épineuse aux allures de sylphide, pas un jour sans fluctuations : d’humeur, d’horreur. Acquérir et se payer le luxe Max Havelaar pour fredonner la voix rauque :

« Viens à la maison y’a le printemps qui chante […]
Près des grands étangs bleus […]
On ira tous les deux oublier ce rêve facile. »

TOI. Omnisciente, méprisante, l’armure de crasse, le narcisse blanc ; miroir, mon beau miroir. Moi. Irrévérencieuse, aguicheuse ; fard pastel et rouge carmin. Tandem sucré salé d’un soir d’or et d’étain, le coup crève-coeur, l’imposture tapie dans la moiteur de mon envie, entre violence, latence et charmes azur. La belle et la bête ; l’histrionique, la cynique.

Te dévisager, vulnérable, le sexe battant sous l’emprise du vide. Des remords s’estompant à la faveur de la chair et une lueur, au bout du vagin. Entre posture et caricature, matin midi et soir, pénétration à la sauvette pour clitoris à la retraite. Lumière tamisée, rideaux opaques. Sainte contre seins ; la progestérone se propage, l’amylase se partage. Suer la génitalité. Défendre la fiction à grand renfort d’ellipses, s’insinuer où la passion peine à donner des frissons et poursuivre, contre vents et marées, dans les entrailles du Pilate. Le corps raide, corriger ma droiture : oreilles alignées, menton conquérant, ventre plat. Ostensiblement prête : J’AI MAL ! J’AI PEUR ! 

Et les mouches volèrent…

Allée obscure, escalier en colimaçon : les clichés ont la vie dure. Déphasée, la vulve tuméfiée, rentrer à la hâte dégueuler ma laideur.

     Et le spleen fut. Baisers de plomb, artillerie nucléaire. Se rassurer. L’éclat de tes pas, les reflets opalins, les colibris à l’heure d’été et le fiel au repaire.

     Mai 68 tu me manques. Trèfles fanés, rêve de citrouille, encornets à l’étouffée et chimères envolées. Vaciller. Au-delà du vertige : soleil en trigone, vers en diatribe. À l’abri des cyclones d’hémicycles surpeuplés, le désir en creux, la rose dans la pute.

     YHWH par pitié. Le tilleul se dessèche, l’hydromel coule à flots. Luxuriance des ébats, éhontés et givrés, de coléoptères à la peau de satin. S’immobiliser. Le jour s’étend la fleur en col. Soupir dense, tremble le figuier.

     Salope pardonne-moi. L’œil à la trappe, le fusil en sacoche. S’apitoyer. Sur son sort mordoré, les regrets exilés des ardeurs emportées. Exit la pudeur, sève insolente dénuée d’ironie.

     Tic tac toc toc. Les lucioles apeurées, les fûts à tête d’étoiles, la houle de la mer qui balance sa tendance. Agoniser. Charognard à la barre, enfants à la proue.

     Où te caches-tu ? Figée, la bouche pâteuse. Se confesser. La taverne des splendeurs éclairée, la faiblesse des suiveurs, des grattes-la-puce aux plastrons démodés.

     Sur les berges des Coquecigrues. Azalée d’Erythrée, calanche submergée d’idéaux en supplice. Vociférer. Le refrain des sanglots enclavés, les arcanes arrosées des hivers sans guirlande, les couloirs balisés de la mort à l’aurore.

     Que ton nom soit sanctifié. Les synapses oxydées, les cyclopes endimanchés. Apprivoiser. La sauvagerie, marquis de jade, sage mage. Haleine fétide, verge putride, le plaisir au palais, l’immondice au placard.

Isabelle Lutz, 2015

[BIO]


 

Malvina SAUVAGE
Invasion Humaine
Installation
Papier recyclé, métal, poupés
2014

 

J’AI PEUR que dans un avenir très proche, moi et mes congénères perdions tous nos repères...

J’AI PEUR de cet animal (l’humain) qui me ressemble, mais qui ne vit pas comme moi, qui rase mon île, détruit mon espace de vie pour construire le sien...

J’AI PEUR de ne plus pouvoir m’accrocher aux arbres et parcourir la jungle comme j’aime tant le faire...

J’AI PEUR de ne plus pouvoir me nourrir et nourrir mes petits...

J’AI PEUR de disparaître car je suis sans défense face à cet animal.
Je n’ai peut-être pas sa faculté de penser mais je vois bien ce qu’il se passe, il est là si proche, si sournois, si dévastateur...

Il s’infiltre et se faufile partout dans cette jungle qui est la mienne... je le vois au dessus de moi, je ne comprends pas pourquoi il vient à ce point perturber ma vie, et

J’AI PEUR qu’il soit trop tard,

J’AI PEUR que ce soit irréversible.

M.T. 2015

[BIO]

Ecouter Malvina Sauvage :


Claire CHALET
Installation
Drap d'enfant
Épines d'acacias
Dessin au papier carbone
150 x 100 cm

2015
   
     
 

Sur un drap de lit d’enfant, un dessin au carbone.
Au-dessus, des épines plantées dans ce drap
Comme une idée de lumière ou une chose qui se balance,
Suspendue au-dessus du lit.

La peur, celle du petit enfant.
Peur du noir, de la séparation.

La peur de l’enfant est sûrement la première que l’être humain rencontre.
Elle est aussi universelle.

« J’ai peur, j’ai mal. »

La peur et la douleur sont forcément liées l’une à l’autre.
La peur Entraine la douleur.

Douleur de supporter tout ce que l’on supporte.
Être mis dans cette position de supporter des choses douloureuses.

On ne peut y échapper même si on veut se battre contre.
C’est la condition de l’être humain que l’on retrouve forcément dans « j’ai Peur, j’ai mal ».

J’ai voulu l’évoquer à travers l’idée de l’enfant, car il n’a pas le choix.
Il est contraint et il est docile.


Claire Chalet, 2015

[BIO]


 

Daniel VAN DE VELDE
J’ai mal j’ai peur. Poème chromatique

Impression sur toile, 
60 x 85 cm, 2015

 
 

Le travail ici proposé joue sur deux niveaux, un arrière-plan et un premier plan. La peur, le mal se confondent et font trébucher la langue, la personne que je suis, qui s’exprime ici. Une mise en espace par captation chromatique interposée. Un jeu de situations où je mets en jeu le sens que la peur c’est bien, mais encore faut-il savoir avoir peur. D’où le j’ai mal peur, j’ai peur mal. Quand la notion d’incertitude prend forme d’époque, il est nécessaire d’avoir peur, mais également d’apprivoiser cette peur. Si j’ai mal, c’est surtout de ne pas bien savoir avoir peur.

Daniel Van de Velde, 2015

[BIO]


 

Anaïs LELIÈVRE

Sans Titre
2015
Vidéo
13'05"

 

Textes écrits autour de cette vidéo numérique et muette qui questionne l’incommunicabilité à l’ère de l’hypercommunication. Cette bouche primitive crie de ce qu’elle ne parvient à dire.

Ma bouche, recouverte de maquillage blanc, apparaît d’abord comme une surface close, mur ou écran, puis s’ouvre pour nous parler. Elle s’anime par des articulations excessives qui fissurent, écaillent, décomposent son masquage et font apparaître l’informité de son intérieur, dentaire, lingual et salivaire. Le son ayant été coupé au montage, aucune parole ne nous parvient. Au lieu du langage construit et attendu des mots, celui de la langue, de la chair intérieure, de la matière animée. Comme une adresse directe, mais incompréhensible au spectateur, cette vidéo ne nous dit rien, si ce n’est un dire impossible : l’incommunicabilité comme une dynamique, une dialectique d’ouverture et de fermeture, un masque à la fois agressif et fragile : un champ relationnel problématique.

Paroles et textes deviennent illisibles ou inaudibles. Leur structure s’informe en un magma insaisissable dont l’agitation suggère une inquiétude en latence, qui tend à se dire, qui reste inaccessible, qui excède toute mise en forme. Défaire le langage absorbé de l’extérieur et recracher la matière du corps premier. Donner à voir ce dont détourne le texte, ce que l’on rejette : la déchirure d’une page blanche, l’erreur mise en boule et la souillure de la tache d’encre, comme traversés de quelque chose qui se dit, voire un autre langage, une autre forme, celle de l’insaisissable, l’expression de ce qui n’existe que dans le réel, hors des mots. Redonner une positivité à l’indicible qui hante ou transpire de la réalité, comme un bruissement silencieux.

Des mots balbutiants, informes. Des gargouillis de sens.

Dans la matière écranique s’ouvrent des orifices comme des bouches, qui ne parviennent qu’à faire des bulles.

Comme un nouveau-né, dont ce serait là le seul langage.
Le langage de la matière buccale, de la langue, de la salive.
Le langage du corps qui ne peut être dit.
Un corps tu par son énonciation.
« Quelque chose » qui reste, en ébullition.

Rapport au contexte hypertextué.
Invasion débordante de signes. On a peine à respirer.
Des mots qui prennent au corps, qui collent au corps, deviennent indigestes.
Ad nauseam. Une nausée du texte. 

Une bouillie de mots insensés qu’on nous a forcés à avaler.
Jusqu’à ce qu’aux tréfonds de l’estomac, ils constituent notre chair.
Collante, poisseuse, desséchée.
Une croûte de mots impossible à recracher.

Croisement de l’invasion des nouveaux médias et de notre premier rapport au mot, celui d’un apprentissage contraint, d’une froideur typographique. 

je vous sers du texte
vous n’en voulez pas ?
Vous serez gavés par l’entonnoir
un tuyau de mots jusqu’aux tréfonds de l’estomac
visqueux, collant, rugueux
impossible à recracher
cette croute de mots sera votre peau
et vous y mourrez 

Anaïs Lelièvre

[BIO]


 

Amandine ZAÏDI
Gimme more
vidéo, 09’26’’
 
 

La vidéo présentée s’articule autour de la synthèse vocale d’un texte extrait d’Internet intitulé « marre de la vie, féminisme et dépression, besoin de rien ni de personne ». Il compile la plupart des poncifs associés au féminisme, véhiculés par différents groupes antiféministes. En plus de souligner le manque indéniable de compréhension de l’auteure concernant les féminismes et une déformation systématique des idées qu’elle évoque, ce texte met en avant la stigmatisation du féminisme dans un courant de pensée unilatéral au détriment des différents mouvements aux points de vue variés.

Revenons maintenant sur le fait que l’auteure ait été féministe dans le passé. Ce qui visiblement légitimerait la violence de ses propos et la calomnie. Dans l’extrait qui va suivre, un élément a motivé la forme finale de la performance :

Je le clamais haut et fort, sur tous les toits : « JE SUIS FÉMINISTE !!! » Et s’il y en avait que ça dérangeait (il y en avait toujours), j’étais toute prête à en découdre. J’avais d’ailleurs une affiche du film « Girl fight », dont l’héroïne est boxeuse, affichée sur le mur de ma chambre.

La description de son comportement violent de féministe engagée n’étant pas suffisant pour elle, il a fallu qu’elle le valide par la possession d’un poster de « Girl fight ». Le caractère tragi-comique de ce témoignage m’a permis de mettre en place le décor de la performance vidéo : un mur recouvert d’affiches comprenant des slogans, graphismes... féministes, et en son centre, une affiche du film « Girl fight » que je m’attelle à mâcher et « régurgiter » pour créer une nouvelle forme, un symbole. Toujours un poing, mais celui-ci renvoyant au mouvement musical des Riot grrrl qui, au passage, a été accusé d’encourager la violence féminine par des magazines comme Seventeen et Newsweek.

Telle une mauvaise bande originale de film, des chansons rattachées à ce mouvement féministe viennent parasiter la synthèse vocale.

Chaque extrait sélectionné insuffle un air de sarcasme :

- Celui qui se joue des clichés de la rebelle ou de la salope pour démonter ces étiquettes, qui dénonce le viol incestueux en nous confrontant violemment à cet acte par la participation consciente de la victime et nous interroge sur la position des témoins.

- Celui qui nous interroge sur les images iconiques sur lesquelles peuvent se reposer les filles.

- Celui encore, qui souligne la différence de jugement de valeur si c’est une femme ou un homme qui tient des propos sexistes ; ou qui, poussera l’idée jusqu’à mettre une chanson des Guns n’Roses au féminin. En plus de dénoncer le contenu violent de la chanson (le meurtre du conjoint) cette version changera la conclusion de

manière subtile afin de remettre en cause le fait que l’homme parle/pense pour la femme. Si la version masculine évoque le fait que le couple (dont la femme est morte) vivra heureux ainsi, dans la version féminine, ce sera la femme (dont le conjoint est mort) qui vivra heureuse.

Pourquoi J’ai mal ! J’ai peur !

Bien que ce ne soit pas le premier que je lise, le texte antiféministe rédigé par Lucia Canovi m’a particulièrement apeuré. L’auteure se place en experte, en décrivant son passé de féministe, afin de légitimer ses propos haineux, antiféministe, machiste, diffamatoire, prônant un patriarcat salvateur, et j’en passe.

Qu’elle profite de la désinformation concernant les différentes formes de féminismes pour définir UN féminisme caricatural est déjà douloureux, mais au-delà du féminisme, ce qui me fait peur est le procédé employé qui devient monnaie courante en France.

Tous les groupes qui veulent entretenir l’inégalité des droits — ne pouvant pas justifier leur position — transforment les discours de leurs opposants pour les discréditer, et par la même occasion, susciter craintes et haines. Théorie du genre, mariage homosexuel, immigration... autant de sujets où la calomnie est monnaie courante. Encouragé par le sensationnalisme médiatique, il est plus courant d’entendre des groupes réfractaires à l’égalité et aux libertés des individus déverser leurs divagations perverses, plutôt que de découvrir la définition des notions abordées et leurs enjeux. Par la même, l’utilisation de chansons du mouvement punk-rock féministe Riot Girls qui souligne avec sarcasme les propos de l’auteure n’est pas anodine. Les chansons aux textes les plus « violents » ne sont que la transposition de textes masculins aux féminins ou la dénonciation de violences faites aux femmes. Alors, comment expliquer le fait que lorsque ce mouvement a connu une médiatisation importante aux États-Unis, il a été accusé d’incitation à la haine féminine ?

Lien vers le texte de Lucia Canovi : http://marre-de-la-vie.blogspot.de/2009/12/ feminisme-et-depression.html

Amandine Zaïdi, 2015

[BIO]


Nathalie BLANC et Chiharu OTAKE
J'AI MAL À
Performance/Lecture/Chorégraphie/Vidéo
Durée : 17 à 20 minutes
Nathalie Blanc : texte et lecture enregistrés
Chiharu Otake : chorégraphie
VivoEquidem/Ananké : production et mise en scène.
 
 

Dans une performance produite le soir du vernissage de l'exposition J'AI MAL ! J'AI PEUR ! associant la lecture, la chorégraphie et la vidéo, Nathalie Blanc, assise et immobile est au centre de l’attention de la danseuse et chorégraphe Chiaru Otake. C’est un écran vidéo à la place de son visage qui présente en très gros plan la bouche récitant sous la forme d’une litanie la souffrance (réelle) de son corps malade et inerte. Chiharu Otake reliée à la lectrice par de longs fils couleur « sang » est quant à elle la métaphore mobile de la fragilité de la chair et de la souffrance du corps.

Nathalie Blanc et poète et scientifique. Elle dirige le laboratoire Dynamiques sociales et recomposition des espaces (CNRS). En tant qu’auteure, elle intervient régulièrement sur la scène artistique par des lectures ou des performances.

Chiharu Otake est danseuse, enseignante et chorégraphe. Elle a participé à de nombreuses productions chorégraphiques de Butô notamment avec la compagnie PIERRE MIROIR.

[BIO]


 

David LIHARD
Couronne Mortuaire
Jouets d'enfants
2012
 
 

Vague à l'âme

J’arpente cette terre sous de sombres soleils,
Mes pas sont moins légers et l' horizon brumeux.
Sur la route quelques pierres et des chemins boueux;
Mais demain peut être l'aurore et toutes ses merveilles,

Ô vaine illusion que je garde dans mon coeur !
Au loin, un orage gronde sous une pluie vermeille ;
L' écume blanche et rouge collante comme le miel
Annonce la marée et le jour qui se meurt !

Sur une digue millénaire des fossoyeurs chantent,
Je hurle face à la vague immense et préviens du fracas;
Mais ils louent le typhon et les hydres pantelantes,
Sans voir leurs frères lépreux accrochés à leurs bras.

Ils creusent des trous grands comme des carrières
Pour y enfouir nos âmes, nos héros et leurs vertus,
Abattent les sanctuaires et bâillonnent les statues;
Garde-toi bien l'ami de faire une prière !

Ils sont damnés mais maudissent à en être aphone;
Ces puceaux de l'horreur brûlent les Cassandre,
Crient avec ferveur pour qui veut les entendre
Que notre salut est là dans l’oeil du cyclone !

Toi aussi, tu te souviens de cette histoire :
Au Jurassique les « volatiles » portaient du cuir ;
De l'espace infini vint, sans mot dire,
L' illustre météorite et son long manteau noir. 

Désormais, les vertueux ne veulent plus du ciel,
De ses astres perdus pour sceller les destins;
Ils se chargent de tout au milieu du festin
Et répandent les ténèbres avec leurs grandes pelles.

Au fond de moi, une triste peur croît sans effort
Car au concert des sanglots et des plaintes candides
J’entends sur nos rivages les chants d’astéroïdes
Qui veulent le bonheur, pour tous, jusqu’à la mort.

David Lihard, 2015
Exposition : « j'ai mal, j'ai peur »

[BIO]


Yves BURAUD
Cartes : Migration Méditerranée, Police Carte Graff
Impression sur papier Hahnemühle
150 x 160 cm, 2015
Performance par Emmanuel Curtil
Rue Le Pen
 
 
 

Ecouter RUE LE PEN par Emmanuel Curtil, comédien.

Je suis un créateur de dispositifs géoartistique. J’investis l’espace public et explore la condition urbaine sous toutes les formes (graphisme, livres, photographies, vidéos, performances). Un des grands intérêts de mes cartographies urbaines et artistiques est de faire se croiser l’actualité, l’urbanisme, la politique, la ville et l’art.

Le texte La rue Lepen est extrait d’un recueil de nouvelles en cours et intitulé provisoirement La rue Lepen est autres récits.

La rue Lepen : À la mort du leader politique, un élu décide de rebaptiser une rue de sa commune : Rue Jean Marie Lepen. Ce texte présente les conflits résultant de cette décision, les slogans, « Non au FN ! La rue Lepen ! La rue de la Haine ! »

Ce texte expose les manifestations, les barbecues et aussi les brochettes de nos petites villes françaises. La carte de France. La carte de l’Europe. L’Europe face aux migrants qui volent nos brochettes. L’Europe face à la crise. L’Europe face au terrorisme. La carte du chômage. La carte des flux migratoires où les migrants sont réduits à des flèches. « Lorsque nous arriverons, ils partiront ! »

Ce texte produit ainsi une mise au point nécessaire sur les clichés urbains relatifs à ces petites villes et à l’électorat du FN. Fuir les cités. Avoir peur d’être français. Marine Le Pen fait vraiment peur aux politiques. Avoir le courage d’avoir peur. Faux passeports, réseaux transnationaux, persécutions, guerres, massacres, hordes de clandestins, délinquants amenés et expulsés sous escorte.

Ce texte éclaire donc l’ancrage social du FN. Le FN s’installe dans le paysage et s’enracine dans les territoires. La rue Lepen  fait percevoir au lecteur ou au public la réalité de ses craintes. La rue Lepen : même pas peur ! La rue Lepen : Même pas mal ! Nabilla et Samuel Walls comme 52 % des Français déclarent avoir peur du FN.

Yves Buraud, 2015

[BIO]


 

Nicolas KANTOROWICZ
Performance musicale
Sur une projection d'extraits du film ZOMBIE (Roméro, 1978)
 
 

VivoEquidem a demandé à Nicolas Kantorowicz, artiste et musicien (SPORTO KANTES) d’imaginer une musique « qui fait peur et qui fait mal » dans le cadre d’une performance lors du vernissage de l’exposition J’AI MAL ! J’AI PEUR !

Sur un montage d’extraits du film de Roméro ZOMBIE de 1978, il a improvisé une mélodie envoutante et inquiétante.

Zombie est d’abord connu en tant que sommet du gore : les cervelles explosent, le sang gicle, les entrailles se déversent. Cela a valu au film, censuré plusieurs années en France, d’être admiré autant que dénigré. Mais Zombie est aussi un pamphlet politique, et notamment une charge contre la société de consommation, représentée par le centre commercial dans lequel les héros, comme les zombies, singent leur vie passée.

[BIO]


Yann YVINEC
My Rocking Poney, 2012
Cheval à bascule, os, bois, acier.
135 x 53 x 170 cm

 


Cette pièce est à la fois un rappel et un exutoire.
Je jouais, je ne jouerai plus, à quoi jouerai-je entre-temps ? Mes chevauchées enfantines et imaginaires, s’étiolent, s’étouffent sous une quête de sens, de justesse, d’une forme d’accomplissement sensé faire de mon balancement lancinant, une « histoire ».
Cet objet aurait pu être morbide, expressionniste, baroque ou torturé. Il n’en est rien, je ne cherche pas l’effet « coup de poing ». C’est un montage simple, proche du produit manufacturé, quotidien... C’est un jouet que je vous invite à essayer.
Ma peur n’est pas un sursaut, ou une réponse réflexe et circonstanciée par l’instrumentalisation du monde qui
m’entoure. Je vous invite à jouer, car j’ai bien peur que tout le reste ne soit vain, un entre-deux. Que ma chevauchée ne soit en fin de compte même pas une « histoire ».
Alors je me balance, en avant, en arrière, le cheval craque, les vertèbres me rentrent dans les fesses, le temps rend la chevauchée inconfortable et le crâne du cheval me rappelle ma destination, mais ce n’est pas grave... Mais je me balance !
« ...être à la fois vivant et toujours devant la mort, c’est cela le vrai “suspense” de tout être vivant... »

Roman Opalka — Rencontre par la séparation, AFAA, Paris, 1987

AUDIO : 

J’ai mal ! J’ai peur !

Le sentiment de peur, comme la douleur, est localisé : avoir mal à... peur de...
Or, en ce début de XXIe siècle, il est devenu très difficile de poser un mot, de trouver une source, d’inculper tel ou tel aspect de nos vies tant tout semble irréel, lointain et nécrosé.
À vrai dire, « petit français », je n’ai pas à avoir peur de grand-chose au quotidien... C’est donc d’angoisse qu’il s’agit, une angoisse généralisée, permanente et insidieuse.
Ma réponse à cette angoisse consiste à l’afficher, la provoquer.
Cela se fait tantôt par l’humour avec une recherche de légèreté face à la ruine (cynisme ?) en se servant du filtre de l’enfance pour appréhender sa propre disparition, tantôt de manière plus introspective, comme cette succession de portraits d’hyènes devenus quasi anthropomorphes et déployés en masse, gênants comme une accumulation de portraits de familles scrutateurs. Sommes-nous la proie décatie, ou un membre de la meute ?

[BIO]


Kirkis RROSE
Jouissance Galénique
Photographie et objet, 2015

 

Jouissance Galénique, photographie et préservatif rigide composé de gélules, 2015

AUDIO : 

 
J’ai peur que, de la sexualité, il ne nous en reste plus que des descriptions cliniques, que les orgasmes ne soient plus que médicamenteux, que la jouissance ne soit plus que le pécule des industries pharmaceutiques. Je crains qu’à vouloir courir après plus de liberté, ma liberté sexuelle ne soit plus que la simple captive d’une prison de comprimés.

Le paracétamol, les antidépresseurs et les anxiolytiques se sont immiscés dans le vocabulaire du quotidien, et voici que la sexualité se voit elle aussi criblée de gélules en tous genres : contraception, performance, désir, traitements prophylactiques pour lutter contre les IST, drogues de synthèse… Le panel est vaste, la consommation est grande. La médication semble devenir une sorte d’orthèse pour un corps qui ne saurait plus fonctionner correctement sans : le médicament est devenu une norme et n’est plus l’apanage du malade.
Jouir à tout prix, oui, mais lequel ? Est-ce à dire qu’il n’est plus possible que je puisse m’épanouir sexuellement qu’au travers du prisme pilulaire ? Somme-nous à ce point éloigné de notre chair pour qu’épanouissement ne rime plus qu’avec pharmacie ?
Il n’est pas question de remettre en cause l’utilité et l’efficacité d’une certaine posologie sexuelle qui dans certains cas doit se révéler efficace, mais cela soulève tout de même la question de mon rapport au corps, et précisément à mon corps sexuel, celui qui va à la rencontre de l’autre dans sa forme la plus intime et fusionnelle.
Le médicament s’érige comme trait d’union entre l’autre et moi, comme si mon corps sexuel était un corps différent, un autre corps, comme s’il fallait le conquérir, me conquérir. Les comprimés deviennent alors ce qui me permet d’être pleinement moi durant l’acte, mais m’assurent également qu’il n’y aura pas d’altération par l’autre.

À moins justement que ce ne soit le contraire, que je veuille justement ne pas être moi-même lorsque je vais à la rencontre d’un autre corps, reproduisant chimiquement ce que j’entreprends dans la cybersexualité : incarner un personnage. La cure serait alors cet avatar moléculaire qui me permet de ne plus être moi dans ce corps sexuel, assurant une certaine distance avec l’autre, qu’il ne me contamine pas, dans un instant qui d’ordinaire appelle le rapprochement, l’échange et la fusion.

C’est cette ambivalence dans la Jouissance galénique qui me fait craindre que ces orgasmes répétés maintes fois ne soient conditionnés que par un dictat laborantin qui ne parlerait plus qu’à notre corps pensant, tout en anesthésiant la chair. J’ai peur que, de la sexualité, il ne nous en reste plus que des descriptions cliniques, que les orgasmes ne soient plus que médicamenteux, que la jouissance ne soit plus que le pécule des industries pharmaceutiques. Je crains qu’à vouloir courir après plus de liberté, ma liberté sexuelle ne soit plus que la simple captive d’une prison de comprimés.

L’arsenal des molécules asservit notre corps, le rend dépendant, à un point tel qu’il n’est peut-être plus concevable d’imaginer une sexualité sans cette corde de sûreté ingérée per os et son discours sur notices qui l’accompagne, plus de marche arrière possible. Peut-on parler de réelle jouissance quand le lâcher-prise n’est plus de mise, quand le frisson ne traverse plus qu’un tas de viande apathique sous antibiotiques ? Je crains que la petite mort ne soit plus qu’un lointain souvenir relaté par quelques écrivains d’un temps passé voire dépassé. L’épanouissement sexuel tel que je le connais n’est en réalité que la cristallisation manifeste d’une société individualiste où la rencontre de l’autre ne peut plus se faire sans barrière, ici biochimique.
On ne jouit plus avec l’autre, on jouit seul avec ses pilules.
2015

Silvia GIGLIODORO & Elizabeth CLEMENT  
Aujourd'hui, 22 août 2015
vidéo, bande son,
4'09"
 
 

D’abord il y a eu les mots « j’ai peur » écrits au néon rouge au-dessus de la porte d’entrée de l’école primaire Pierre Budin à la Goutte d’or, aperçus alors que je déambulais dans les rues du quartier. C’était une semaine avant les grandes vacances.

Puis, il y a eu la disparition du néon quelques jours plus tard. La peur était-elle aussi partie en vacances ?

Enfin, il y a eu le 22 août 2015. Ce jour-là a eu lieu, tout près et très loin, une série d’évènements dont la précipitation et la gravité ont généré chez nous un sentiment d’angoisse et déclenché les mots et les images rassemblés dans cette vidéo. Trop de mots, trop d’images, la douleur et la peur prenaient le dessus et plus rien ne semblait avoir de sens.

Nous touchions à la fin des vacances et le « j’ai peur » au néon rouge retrouvait sa place à l’entrée de l’école.

AUDIO : 

[BIO]


Jeanne BORENSZTAJN
Journal Extime
Vidéo
5 minutes
 
 

AUDIO : 


Dans cette installation, le texte à l’écran —un journal écrit en blanc sur noir— défile comme sur un prompteur. Sous cette forme, il peut être lu rapidement, attentivement ou oralement comme sur le plateau d’un journal télévisé. Sur la bande son, je récite le texte

Le titre a été « trouvé » chez Lacan, d’après son concept d’extimité. Il intitule pour moi parfaitement ce journal à la fois intime et extérieur. Événements personnels et collectifs sont juxtaposés et créent l’atmosphère particulière du moment évoqué. « Ce qu’il y a de plus profond chez l’homme, c’est la peau », disait Valéry ; c’est comme ça que je définirai l’extimité : comme une peau, c’est une interface entre l’intérieur et l’extérieur, une zone de contact entre soi et les autres, une frontière perméable qui filtre les informations, une surface capable d’imprimer et d’exprimer.

Cette vidéo est ma réponse, la seule que je sois capable de formuler pour exprimer mes peurs. Pendant un an, chaque jour, j’ai écrit mes impressions, mes sensations, mes observations. J’ai alors pris conscience que je racontais surtout mes angoisses, mes blessures, et que ce que je percevais du monde c’était sa gravité.
Quand une catastrophe survient, je me demande où j'étais à ce moment-là ; je me dis que ça aurait très bien pu être moi, que je ne suis pas à l'abri. Est-ce que moi aussi je serai l'une de ces personnes parties trop tôt ? J'ai peur alors je mets des mots, je les pose comme des pierres, les aligne à touche-touche. L’histoire et l’actualité pèsent sur mon quotidien ; elles me blessent en se faisant la guerre à l'intérieur de moi. Comment les accepter ? Comment les concilier ? Je sens dans mes gestes les plus anodins la violence du passé et du présent mêlés, un souffle brûlant généré par leur collision comme s'ils étaient deux silex.

Par la mise en regard d’événements historiques et personnels, de chiffres, de traditions et d’impressions (et leurs régulières mises à jour), je tente de m’inscrire dans le cours des choses, de construire mon histoire autant que mon regard sur elle. Ce Journal extime est un intermédiaire : il me protège du monde tout en me confrontant au monde ; il m'aide à vivre avec.
J.B. 2015

[BIO]


Delphine CIOLEKLes peurs alimentaires
C’est ceux qui doutent le moins qui en mangent le plus
Dessins et journal de bord alimentaire
2015

 
 
Manger n’est pas un acte banal !
 
Amatrice de type actif, lorsque quelque chose me plaît, je recherche toujours quelle est son origine. J’apprécie davantage en comprenant les processus de création, production. Dans tout domaine, y compris alimentaire.

Ainsi, succombant à la mode culinaire qui sévit en France autour du burger depuis plusieurs années, je suis tentée de fermer les yeux sur les ingrédients qui le constituent pour uniquement en goûter les saveurs. Mais c’est plus fort que moi : les souvenirs de mes visites estudiantines d’entreprises agroalimentaires et d’exploitations agricoles remontent à la surface… D’où vient ce pain ? Et la farine qui le constitue ? Et le blé utilisé ? Agriculture intensive employant des pesticides à tour de bras ou raisonnée ? Quelles conséquences pour la santé, pour l’environnement ? Avec mes questions, je peux remonter quasiment toute la filière, et ce pour tous les ingrédients !

De là à m’inquiéter à tous les repas jusqu’à me rendre malade, il n’y a qu’un pas… Que je n’ai pas franchi, car plutôt que me laisser dominer par cette peur alimentaire, je me renseigne et choisis en pleine conscience.

Toutefois, mes interrogations restent en suspens. J’ai choisi de les illustrer à travers la série de 5 dessins « Peurs alimentaires ». J’ai utilisé la technique du feutre sur du papier blanc afin de représenter les interrogations (en rouge) qu’évoquent pour moi quelques produits alimentaires assez communs (en noir) : burger, frites, poulet, saumon, crevette, banane. La ligne est claire, reprenant le code des schémas en biologie, avec des annotations. Ce type de représentation ne cherche pas à montrer la réalité dans ses moindres détails, contrairement au dessin d’observation, il exprime ici une volonté de démonstration : l’acte de manger n’est pas banal, il est issu d’un combat entre les peurs portant sur l’origine des produits et leur mode de production, la nécessité de s’alimenter et le plaisir de manger. Plaisir qui transparaît à travers celui des mots, avec des titres humoristiques. « Ceux qui en mangent le plus sont ceux qui doutent le moins » fait référence au slogan publicitaire : « C’est ceux qui en parlent le moins qui en mangent le plus ». « La traite des crevettes » permet de relier la production de crevette à la thématique de l’esclavage des marins sur certains navires thaïlandais. « Saumon fumiste » ou le poisson qui n’est pas fiable sur sa qualité. « Chlordécona split » ou la banane dont la production a ravagé les sols des îles antillaises par l’emploi massif de chlordécone, insecticide interdit depuis 1990. « Gallus gallus contaminarus » soit le détournement du nom latin du poulet (Gallus gallus domesticus), dont la viande pourrait être moins saine que ce que l’on croit.
J’ai accompagné ces dessins par le texte fictif « Extrait de mon journal de bord alimentaire ». Écrit sous la forme d’un journal intime, il relate quelques jours, peut-être les derniers d’ailleurs, de la vie d’une « névrosée de la malbouffe ». La narratrice, anonyme, y consigne les aspects alimentaires de sa vie. Au fur et à mesure des jours et des événements culinaires qu’elle relate, elle s’interroge de plus en plus sur ce qu’elle mange. Elle en vient à perdre sa raison, ses relations sociales et sa santé. Dans les dernières heures, il ne lui reste plus que ses peurs et sa souffrance.
 

AUDIO  le journal de bord alimentaire de  Delphine Ciolek :



 

 
Chlordécona split, encre sur papier, 2015   La traite des crevettes, encre sur papier, 2015
 
Gallus gallus contaminarus, encre sur papier, 2015   Saumon fumiste, encre sur papier, 2015

Alix GHANADPOUR
Les trois grâces
Peinture, huile sur toile
195 x 130 cm, 2014

 

Il doit s'y attendre, car elle arrive.
Elle arrive quand elle le décide, où qu'il soit, quoi qu'il fasse.
Elle tombe comme une goutte d'encre de terre d'ombre dans le bleu de ses pensées, dans l'azur de ses rêves.
Tel un nuage sombre, elle le couvre de noir.
Affirmant son arrivé par le rythme qu'elle impose, elle siffle dans sa tête sans cesse et finit par lui couper de l'écho du monde.
Elle est là, elle s'impose.
Corps tétanisé, regard verrouillé et souffle retenu, afin de ne rien dire, de ne rien faire, de ne rien montrer.
Elle est bien là, mais il ne sait pour combien de temps.
Sur la fumée faisant écran en lui, s'animent des images, des séquences.
Il revoit des choses, revoit des souvenirs imprégnés de terreurs et de sang, il entend des cris.
Des images intériorisées, inorganisées, intolérables ressurgissent par vagues harcelantes.
Son cœur se bat avec acharnement contre cet excès de flux de sang qui l'assaillit.
Le temps, le monde et le réel n'existent plus à ce moment.

Il doit tenir, attendre, supporter, endurer.
Lentement, telle une marée descendante, la démone s'éloigne en laissant derrière elle, des résidus acides qui se dissiperont à leur tour, à leur rythme.
La démone ne dit jamais son dernier mot.
Il pense qu'il doit accepter. Accepter ce mal qu'il a, car l'accepter lui permettra de mieux le supporter.
Il a lu chez des sages qu'il faut se libérer de cet état douloureux, en commençant par se libérer de l'état heureux afin d'entrer dans un autre état de soi, celui censé de raviver l'esprit avec plus de présence, plus de subtilité.
Mais, comment y parvenir ? Comment faire ? Comment se défaire de cette douleur dont les racines enrobent les entrailles de son être.
C'est elle qui s'est auto-proclamé le chef de son état ?
Pourtant, instinctivement, il fait en sorte de ne pas le laisser gouverner totalement en lui, mais peut-être, gouverner pour lui.
N'est-ce pas cela le véritable combat qu'il doit mener pour se sentir exister ?
Exister non pas pour lui seul, mais exister pour le monde qui le contient en lui.
Et cette liberté dont il aspire tant ? Où se trouve-t-elle dans ce sinistre jeu de réaction mécanique que son état intérieur produit en lui.
Maîtriser ses peurs, contrôler ses désirs, assumer ses refus, anticiper ses mécanismes d'attraction et de répulsion, n'est-ce là le commencement de sa liberation?
Il pense que sa liberté se trouve dans le combat avec lui-même et non pas dans la fuite, car la fuite serait l'extinction de ses émotions, l'extinction de son esprit.
Les lumières de l'âme sont rayonnantes et finissent toujours par percer les nuages qui l’obscurcissent.
Comme croire en l'espérance.
Qu'en sera-t-il le jour où il ne croira plus en l'espérance.
Elle est là, sa véritable peur.
Comme lui, j'ai mal.
Comme lui, j'ai peur.

Alix Ghanadpour, 2015

[BIO]