Matière- Yannis MARKANTONAKIS

[EXPO] DU 7 FÉVRIER AU 29 MARS 2014  /  YANNIS MARKANTONAKIS  /  ŒUVRES EXPOSÉES /  TEXTE

Peintures, objets
Du 7 février au 29 mars 2014
Artiste : Yannis Markantonakis
Lieu : galerie VivoEquidem, 113, rue du Cherche-Midi 75006, Paris, FR

Tél. : +33 (0)1 83 97 22 56 ou +33 (0)6 16 81 01 48
Ouverture : du mardi au samedi de 15h à 19h30

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Marin atavique — puisque grec et crétois —, Yannis Markantonakis a quitté très tôt le chemin tracé par son armateur de famille où toutes les branches latérales et collatérales sont regroupées autour de différentes activités industrielles. Ingénieur chimiste formé dans les universités britanniques, il a préféré rejoindre l’atelier de Jean Bertholle à Paris dans les années quatre-vingt et depuis, il ne cesse de peindre la mer, les scènes portuaires et la rue de la Fontaine au Roi (Paris 11) qu’il voit de son atelier.

Pour autant, dire que Yannis Markantonakis peint la mer, des ports, des bateaux n’est pas complètement exact. Ces peintures-objets sont surtout les reliquaires d’une mémoire disparue. Ce qu’il peint c’est un monde où l’être humain est en perpétuelle errance. Les côtes sont inexistantes, la terre n’est qu’une mince ombre peut-être imaginée et espérée, les façades sont vides et la rue monte vers un espace ouvert par où s’échapper. Il n’y a dans ses œuvres ni matin ni soir, mais une sorte de durée permanente qui oscille entre obscurité et luminosité. Le temps n’y est qu’immobilité à la fois dans les sujets et dans les constructions, dans les couches stratifiées et épaisses de peinture ou de goudron, dans les assemblages de bois bancals. La fragilité de ces surfaces de bois peintes et étrangement jointes joue le rôle de temporisateur. Elle souligne que toute chose est précaire et Yannis Makantonakis la met en œuvre pour montrer à la fois l’essence de notre nature (un assemblage organique éphémère), et l’essence de nos actes qui tentent de contenir ce qui finira de toute façon par nous engloutir : le Temps.


Yannis Markantonalis dans son atelier ©Max Torregrossa

  

 Vue de l'exposition

 


         Scène Portuaire, huile sur bois, 160 X 120 + cadre, 2013

 

YANNIS MARKANTONAKIS

Né en 1955 à La Chanée en Crète. Il prend ses premiers cours de peinture dans cette ville auprès d’un peintre d’icônes : Yannis Counalis, puis avec le peintre Antonis Petroulakis. Après son arrivée en France, il rentre à l’académie Saint-Roch dans l’atelier de Jean Bertholle de 1985 à 1988 où il rencontre André Bouzereau.

Ses thèmes sont largement récurrents : des bateaux, des scènes portuaires et la ville, ou plus précisément, la rue de la Fontaine au Roi qu’il aperçoit de la fenêtre de son atelier. Cette rue bordée d’immeubles aveugles monte ainsi vers un ciel qui n’est jamais complètement bleu, mais entre le gris et l’acier. Dans cette perspective malmenée, le peintre cherche un espace qui, comme il le dit, pourrait « fonctionner ».
De toute façon lorsque Yannis Markantonakis commence une peinture, elle peut tout à fait débuter par une rue et s’achever dans un port.

L’autre caractéristique de son travail est que Yannis Markantonakis ne peint qu’à l’huile sur du bois récupéré et assemblé. Le cadre fait partie intégrante de l’œuvre et une seule peinture peut être réalisée sur une dizaine de morceaux assemblés.
Depuis 2015, il a entrepris de produire plusieurs sculptures de bateaux selon le même procédé de récupération et d'assemblage. 

Grand collectionneur d'appareils photographiques et de photographies, il intègre parfois dans ses peintures des clichés qui peuvent apparaître partiellement ou être entièrement recouvertes de couleur. 

Il expose régulièrement depuis 1988 en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse et en Grèce.

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Mots Clefs : Yannis Markantonakis, peinture sur bois, huile, Crète, Grèce, mer, bateau, port, rue de la Fontaine au roi, assemblage, récupération, ex-voto, mémoire

 


Matière par Max Torregrossa
     

Pour Teilhard de Chardin, la matière était à la fois essentielle et mystérieuse. Lorsque enfant, sa mère lui coupait les cheveux devant la cheminée, il était effrayé de voir avec quelle facilité une partie de lui-même, pouvait disparaître en se consumant dans les flammes. Plus tard, il observa que le métal lui aussi, malgré sa dureté, se corrodait, rouillait et finissait par se désagréger. Finalement, ce fut la pierre qui lui sembla maintenir le plus longtemps sa nature matérielle et c’est ainsi que le jeune homme s’orienta vers la géologie. 

Cette évocation de la matière comme élément unitaire universel, et qui plus est, animée par une puissance spirituelle peut paraître confuse. Pourtant il est possible à partir d’un échantillon de peau de remonter jusque avant la différenciation cellulaire, jusqu’au premier stade du développement embryonnaire, au moment où chaque cellule porte encore en elle la totalité de la matière humaine. Il existe donc non seulement un état constitutif d’un tout, mais l’idée que la matière a la capacité de « mémoire » peut aussi être envisagé. 

Pour les peuples marins et notamment les Grecs de l'Attique, plus que la pierre, l’or ou l’argent du Laurion, c’est le bois en fin de compte qui garantit leur fortune après que l’oracle eut affirmé qu’Athènes pourra être sauvée « parce qu’imprenable sera la muraille de bois ». Thémistocle et ses compatriotes comprirent qu’il s’agissait de navires qu’il leur fallait construire en grand nombre pour que tous s’embarquent, abandonnant leur ville aux Perses, mais pour mieux les vaincre ensuite, précisément du haut de ces « murailles de bois » aux large de Salamine. 

Reste cependant pour les gens de la mer il le tribut à payer en offrandes aux divinités. Ce sont les naufrages dont les restes brisés s’échouent sur les plages ou s’engloutissent en pleine mer, gonflés d’eau salée et de destins déchirés. Ce bois perdu - matière à mémoire - était à son tour consacré, investi d’une puissante évocation eschatologique, aussi forte que celle des panneaux peints au signe de la vie éternelle - et par conséquent non périssable- que seront ensuite les icônes. 

Voilà en préambule de quoi comprendre le « geste » de Yannis Markantonakis lorsqu’il construit ses évocations de bateaux avec des morceaux de bois récupérés peints et assemblés. Assemblés parce que
ses montages ne sont pas, en effet, des constructions. Ce sont des re-constructions puisqu’ils redonnent une existence à la matière ou plus précisément, ils continuent l’existence de cette matière par d’autres moyens. Pour lui, en bon Crétois qu’il est, le bois n’est en effet pas inerte, il a un mouvance intérieure et l’homme ne fait qu’utiliser sa tendance : une forme, une densité, un éclat….Par exemple, lorsqu’il plante un clou dans le morceau de chêne, d’hêtre ou d’olivier, il n’a pas la sensation de prendre la place de la matière, il suppose que le clou écarte les fibres du bois tandis que celles-ci, le laissent s’installer selon leurs désirs. C’est pourquoi l’artiste peut assembler, désassembler, tailler, clouer et coller sans jamais modifier l’essence de la matière, sans perturber le mouvement général. Rien n’est tout à fait créé, mais tout est modifié. 

 

C’est cette modification, cette métamorphose qui est importante chez Yannis. Il ne peut s’empêcher de regarder, de démonter et reconstruire, retranscrire à sa manière le monde qui l’entoure. Pour que ce soit clair, comprenons que pour lui, tout ce qui existe est normal et ordinaire. Rien ne l’étonne donc véritablement si ce n’est ce iatromécanisme qui meut l’ordre naturel et qui doit nécessairement avoir un sens… 

Cet appétit de connaissance du principe universel est observable chez Yannis à travers son impressionnante collection d’appareils photographiques, anciens et modernes, tous en parfait état, dont l’éclectisme et la rareté sont dignes du musée. Je sais que ce qui le passionne dans l’objet en question c’est justement l’assemblage, la cohérence d’une mécanique précise et complexe dont la destination la plus immédiate est de fixer l’instant ordinaire. Lui-même, d’ailleurs, ne cesse de photographier tout et n’importe quoi, des moments sans histoire et souvent sans esthétisme apparent. 

Ses peintures ou ses montages sont eux aussi des instants immobilisés. Pour autant, l’artiste ne les a pas fixé dans l’intention d’isoler le mouvement, mais plutôt pour en démonter le mécanisme.  Les œuvres de Yannis sont des moments ordinaires figés, ouverts, reconstruits, ré-assemblés et l’on devine alors cette propension pour ne pas dire le besoin de démonter puis remonter le monde sans le bouleverser soit par la matière soit par la couleur. Le monde en l'occurence, c'est la mer, les bateaux et la rue de la Fontaine au Roi qu'il voit de son atelier.

Après un certain temps cependant, devant les peintures de Yannis on constate que la fragilité de ces surfaces de  bois peintes et étrangement jointes joue le rôle de temporisateur. La fragilité et la résilience que met en œuvre l'artiste montrent à la fois l’essence de notre nature (un assemblage organique éphémère) et l’essence de nos actes qui cherchent pour durer à contenir ce qui finira de toute façon par nous engloutir : le Temps.

La première peinture qui m’avait marqué en ce sens c’est un bateau blanc, simple, presque grossier, avec quelques lignes noires. Il était peint au verso d’un morceau de hêtre de quinze bons centimètres d’épaisseur, scié à même l’atelier du peintre où il mélangeait ses couleurs. Au recto, les croûtes épaisses de peintures séchées. « Le meuble était trop grand », m’a dit Yannis en justifiant le sacrifice de sa palette. L’image peinte, presque lisse, tant la matière est fine, contraste avec la pièce de hêtre très lourde. En fait, elle fait terriblement penser au portrait d’un défunt sur un cercueil du Fayoum. C’est la seule représentation de la mort que je connaisse dans l’œuvre de Yannis.

2013

 


 ŒUVRES EXPOSÉES
 


Cargo Noire

 


Cargo noire, dos

     

Cargo noire, dos

 

Cargo noire, huile sur bois,  #13

     

Rue de la Fontaine au roi, huile sur bois

 

Rue de la Fontaine au roi, dos

     
 


Cargo
assemblage, huile sur bois

   


Rade grise

     
  
Grande Rade,huile sur bois, 120 x 80 cm + cadre, 2012
 
 
Rue de la Fontaine au roi, huile sur bois
     


Matinale
, dos

 


Matinale, 
huile sur bois,  cm, 2011  #5

     

Cargo, assemblage